L’intervention du président Rafic Hariri dimanche à l’antenne de la NBN a suscité des remous dans les salons politiques d’été. Où certains y ont vu un plaidoyer pro domo assez inquiétant en soi, puisqu’il vise à se décharger sur d’autres de la responsabilité d’un échec en marche. Le fait est que M. Hariri n’a pas ménagé ses critiques à l’adresse des parties qui, à l’en croire, ne cessent de lui mettre des bâtons dans les roues, pour faire capoter son plan de redressement. Il a également pris soin de dénoncer d’autres parties, qu’il a eu également la délicatesse de ne pas nommer, pour leurs négligences coupables. Cependant ces imputations ne forment pas, d’après ses proches, le fond du discours du président Hariri. Dont les propos ont du reste été largement appréciés dans les cercles économiques locaux. Où l’on se félicite, en substance, de la transparence affichée par le président du Conseil, «qui a établi un constat objectif de la situation de crise que vit le pays», selon un homme d’affaires. Un parlementaire croit pouvoir affirmer de son côté que «visiblement, le but du président Hariri n’est pas d’attaquer autrui. Il se soucie simplement d’informer l’opinion des difficultés que le gouvernement rencontre dans sa mission. Il ne cherche pas à régler des comptes ni à ouvrir des dossiers, comme le cabinet Hoss l’avait fait sous prétexte d’endiguer le gaspillage des fonds publics. M. Hariri ne pense pas non plus à rejeter la responsabilité sur son prédécesseur, comme ce dernier l’avait fait à son encontre. En d’autres termes, soutient ce loyaliste, l’approche de M. Hariri se veut constructive et non pas agressive». Sans doute, mais en prenant sa défense de cette manière même, ses lieutenants privilégient pour leur part la polémique au discours de rassemblement nécessaire pour la lutte contre la récession. La preuve en est que, plutôt que d’entreprendre de mieux expliquer le plan de redressement, les haririens s’acharnent encore sur le gouvernement Hoss. Qui, selon le même député, «a paralysé l’économie par une politique d’austérité qu’ont lourdement aggravée les surcharges douanières ou fiscales. Le commerce, l’immobilier, la production, les services en ont pâti. Aujourd’hui, pour masquer leur échec, que nous tentons de réparer, les anciens responsables se déchaînent dans de virulentes attaques contre M. Hariri. Ils lui réclament des comptes, alors que le plan de redressement n’en est encore qu’à ses débuts. Le chef du gouvernement a donc cru devoir mettre les points sur les i. Afin de déblayer la voie, avant le sommet de la francophonie, avant le rapport définitif du FMI et avant Paris II. Car la confusion que ses adversaires tentent de semer localement risque de porter atteinte au crédit du pays au-dehors. Sans compter que cette campagne affecte moralement la population et altère sa confiance comme ses espérances. Ce qui ne fait qu’aggraver les difficultés économiques ou financières du pays». En d’autres termes, selon les loyalistes, les coups portés au gouvernement lui font moins mal qu’au pays lui-même. Ce qui est encore une façon d’envenimer le climat, en accusant en quelque sorte le camp Hoss d’irresponsabilité quasi criminelle. Cependant, les haririens se défendent de prôner la polémique. À les en croire, «ce n’est pas pour contre-attaquer que M. Hariri a pris la parole. Mais pour informer l’opinion, afin qu’elle ne s’en laisse pas accroire par les propagateurs de données tronquées ou de fausses rumeurs. Il est en effet très important que les Libanais sachent que la situation économique, tout en étant difficile, n’est pas désespérée comme on le leur dit. Il est également essentiel qu’ils réalisent la nécessité pour tous de consentir des sacrifices et de rester soudés, mobilisés, dans une lutte commune de redressement. Il va de soi en outre que la première ligne de défense reste la stabilité monétaire, objet de rumeurs pernicieuses propagées par ceux qui n’ont qu’une idée fixe : renverser le gouvernement. Un objectif démentiel et chimérique. Car l’entente et la coopération entre les présidents Lahoud, Berry et Hariri sont parfaites». Bien entendu, les détracteurs de M. Hariri voient les choses sous un tout autre angle. «Qui donc gouverne ce pays ?» s’exclame l’un d’eux. Qui s’inquiète «d’entendre un chef de gouvernement reconnaître, au sujet des écoutes, qu’il n’est pas en mesure de faire appliquer la loi. Il est aussi alarmant de constater que le gouvernement cherche, au sujet de l’électricité, à faire retomber la responsabilité sur les fonctionnaires. On se demande ensuite, en écoutant M. Hariri, s’il ne largue pas son ministre des Télécoms au sujet du cellulaire. Comme si M. Jean-Louis Cardahi, réputé pourtant de n’agir que dans les règles, avait pris des initiatives de son propre chef, sans en référer au Conseil des ministres. Alors que la décision de rompre le contrat avec les deux compagnies concernées avait été prise par le comité des privatisations avant d’être approuvée par le Conseil». Et de conclure en affirmant que «M. Hariri se plaint, comme s’il était un simple citoyen. Il oublie que son rôle n’est pas de gémir, mais d’agir». La polémique bat donc son plein. En cherchant sans doute à éclairer la lanterne de l’opinion, le président Hariri n’a peut-être fait que raviver la controverse. Même s’il a eu la subtile idée de choisir la NBN pour s’exprimer. Afin que l’on pense qu’il est sur la même longueur d’onde que le président Berry.
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