Le patriarche a été sévère pour Damour. «Qui n’avance pas recule», a-t-il mis en garde ses habitants, qu’il a également prévenus contre les discordes que peut engendrer la poursuite d’intérêts personnels contradictoires. Le patriarche n’a fait qu’effleurer le souvenir des événements tragiques de janvier 1975, des massacres et de l’exode massif des habitants de Damour. Toutefois, il a été explicite au sujet d’un certain état d’esprit qui règne parmi les jeunes. «La tentation de quitter guette toujours les Libanais, en particulier les jeunes», a-t-il dit, reprenant à son compte un passage de l’Exhortation apostolique de Jean-Paul II. Voici le texte intégral de cette homélie, prononcée dans une église archicomble, devant un parterre de personnalités parmi lesquelles on distinguait un ancien chef d’État, M. Amine Gemayel, cinq ministres, MM. Pierre Hélou, Fouad Saad, Assaad Diab, Jean-Louis Cardahi et Michel Moussa, ainsi que de nombreux députés, dont MM. Salah Honein, Samir Azar, Nehmetallah Abi Nasr, Nabil Boustani, Antoine Farhat. On notait aussi la présence de MM. Carlos Eddé et Gebran Tuéni : «C’est une grande joie pour nous d’avoir pu venir jusqu’à vous. Vous savez qu’à plusieurs reprises, nous avons tenté d’effectuer pareille visite pastorale à votre région. Mais des “vents contraires” soufflaient. Nous sommes là pour vous féliciter pour la reconstruction de votre église paroissiale, l’église Saint-Élie (…). Cette œuvre de piété, vous l’avez accomplie grâce aux sacrifices que vous avez consentis, et bien que beaucoup d’entre vous ne soient pas encore parvenus à assurer leur retour définitif à Damour, afin qu’elle retrouve sa prospérité d’antan, avant que ne se produisent les événements très regrettables que nous savons. «Mais nous ne voulons pas nous y arrêter, bien que les souvenirs pénibles soient encore présents à vos esprits et aux nôtres, car il est impossible d’effacer le souvenir des journées tragiques de janvier 1976 où ceux qui l’ont pu, ont quitté par mer cette cité jusqu’à Jounieh, dans des circonstances dramatiques. Un premier exode qui fut suivi d’un second, six ans plus tard. Ces événements font désormais partie du passé (…). «Cette confiance en vous est enracinée dans votre foi en Dieu, une foi qui est à l’origine de nombreuses vocations religieuses féminines, et il est bien connu que les vocations ne naissent que dans des familles croyantes qui respectent les valeurs religieuses, morales et nationales. Nous vous exhortons à sauvegarder ces vertus sans lesquelles les familles se disloquent, la société s’effondre et la patrie dépérit. C’est ce que le Christ nous rappelle, à travers ce passage de l’Évangile que la Liturgie prévoit pour ce jour. Il s’agit d’un avertissement sévère contre tout relâchement dans notre vie religieuse spirituelle sur laquelle repose la vie familiale, sociale et nationale. Le texte dit : “Lorsque l’esprit immonde sort d’un homme, il erre par des lieux arides en quête de repos, et il n’en trouve point. Alors il se dit : Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti. À son arrivée, il la trouve libre, balayée, bien en ordre. Alors il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils reviennent et s’y installent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier”. «Ce que le Christ cherche à nous apprendre, à travers ce passage, est clair. Il faut être vigilant pour empêcher tout retour en arrière. Bien plus, ne pas avancer représente parfois un danger. Comme dit un proverbe : qui n’avance pas recule. La discorde menace toujours les collectivités et les sociétés, si les opinions divergent, les points de vue diffèrent, les intérêts se contredisent, en particulier s’ils sont personnels».
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