La Republika Srpska (RS), l’entité serbe de Bosnie, a beau s’apprêter à voter une loi sur le transfert des criminels de guerre, cela ne signifie pas que les deux suspects les plus recherchés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (PTPIY), Radovan Karadzic et Ratko Mladic, seront bientôt déférés à La Haye. À la lumière de la chasse à l’homme qui se déploie contre le chef de guerre bosniaque et son commandant militaire, le transfert controversé à La Haye de Slobodan Milosevic le mois dernier apparaît comme un jeu d’enfant. Inculpés de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis lors du siège de Sarajevo et de Srebrenica durant la guerre de Bosnie (1992-1995), les deux leaders bosno-serbes restent désespérément introuvables, malgré les quelque 20 000 soldats de la paix déployés par la communauté internationale en Bosnie. Cette «absence» contribue à alimenter les rumeurs les plus diverses dans la presse alors que l’arrestation des deux fuyards serait, comme le soulignent les diplomates occidentaux, un grand pas vers la stabilisation d’une Bosnie dont l’équilibre demeure très précaire. L’hebdomadaire de Sarajevo Slobodna Bosna a récemment publié en une un photomontage de Karadzic en robe de prêtre orthodoxe et sans sa célèbre mèche bouffante. Précédemment, plusieurs articles de presse avaient affirmé que Karadzic avait trouvé refuge dans des monastères de l’est de la Bosnie où il bénéficie d’un soutien particulièrement fort et d’où l’Otan aura apparemment du mal à le faire sortir. D’autres disent qu’il a laissé pousser sa barbe et qu’il a souvent traversé en bateau la rivière Drina, qui sépare la Bosnie de la Serbie, pour entrer et sortir de Yougoslavie. Entouré de gardes armés De son côté, Mladic aurait principalement résidé à Belgrade pendant que Milosevic était encore au pouvoir. Depuis, il se cacherait dans la base militaire bosno-serbe de Han Pijesak, entouré de gardes armés fidèles parmi les fidèles. Aucune de ses informations n’a été confirmée et les autorités serbes de Bosnie démentent protéger les deux hommes. Alors qu’en Yougoslavie, ce sont les autorités serbes locales qui ont livré Milosevic, ce scénario semble pratiquement exclu en Bosnie. Paradoxalement, l’Occident semble avoir moins d’influence dans ce pays qu’il contrôle qu’en Yougoslavie où les nouveaux dirigeants ont encore à prouver qu’ils ont le contrôle de tout l’appareil de sécurité. La raison principale tient au caractère des hommes politiques concernés. Le Premier ministre serbe Zoran Djindjic a passé outre un Parlement fédéral yougoslave divisé pour ordonner le transfert de Milosevic par décret en échange d’un prêt de plus d’un milliard de dollars offert par l’Occident. Le Premier ministre bosno-serbe Mladen Ivanic, qui est pourtant comme Djindjic un réformateur en matière économique, exclut en revanche d’adopter une telle attitude. À la différence de Djindjic, il doit compter avec le Parti démocratique serbe (SDS) fondé par Karadzic et avec qui l’ex-leader politique aurait encore des liens. En outre, les Occidentaux sont réticents à accorder leur aide de crainte qu’il n’en soit fait un mauvais usage, sans parler des accusations de traitement inéquitable que pourrait formuler la fédération croato-musulmane de Bosnie. Une capture plusieurs fois annoncée Le SDS se dirige toutefois vers une coopération avec le TPIY. Il a approuvé une proposition de loi qui organise le transfert des suspects. Mais le vote n’a pas été retransmis par la télévision bosno-serbe. En outre, le SDS a demandé un long débat public sur la question avant son approbation de façon à gagner du temps. «Ils pensent comme cela : au lieu de répondre à ce que veut la communauté internationale, nous pouvons peut-être remettre ceci à plus tard», explique un diplomate qui estime que cette loi ne sera pas le prélude à la remise des inculpés par les autorités bosno-serbes. Au mieux, pense-t-il avec d’autres, peut-on espérer que les politiques bosno-serbes ne feront pas de difficultés si les suspects sont arrêtés par l’Otan. Leur capture a plusieurs fois été annoncée ce mois-ci. «Comment Karadzic a été arrêté», titrait une édition du magazine Blic à Belgrade, qui faisait le récit d’une tentative d’arrestation avortée. L’histoire a été narrée plusieurs fois sous des formes diverses dans la presse locale et même par l’Observer en Grande-Bretagne. Des troupes d’élite britannique qui essayaient d’arrêter Karadzic auraient été repoussées par ses gardes. Suivant les versions, le bilan des victimes va de deux blessés à dix morts.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Republika Srpska (RS), l’entité serbe de Bosnie, a beau s’apprêter à voter une loi sur le transfert des criminels de guerre, cela ne signifie pas que les deux suspects les plus recherchés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (PTPIY), Radovan Karadzic et Ratko Mladic, seront bientôt déférés à La Haye. À la lumière de la chasse à l’homme qui se déploie contre le chef de guerre bosniaque et son commandant militaire, le transfert controversé à La Haye de Slobodan Milosevic le mois dernier apparaît comme un jeu d’enfant. Inculpés de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis lors du siège de Sarajevo et de Srebrenica durant la guerre de Bosnie (1992-1995), les deux leaders bosno-serbes restent désespérément introuvables, malgré les quelque 20 000 soldats de la...