Les dirigeants des pays les plus industrialisés du monde tenteront à partir de demain d’amadouer les milliers de manifestants attendus à Gênes en affichant leur volonté de domestiquer la mondialisation. L’ordre du jour de cette réunion du G7 (États-Unis, France, Allemagne, Japon, Royaume-Uni, Canada et Italie), qui sera suivie samedi et dimanche par un G8 (les mêmes, plus la Russie) semble taillé sur mesure pour parvenir à désamorcer la colère des antimondialisation qui risquent de perturber le sommet. Seule la première partie, très courte, ressemble au type de sommet que les manifestants viennent conspuer à Gênes. Les chefs d’État et de gouvernement des sept pays les plus riches de la planète consacreront leur déjeuner de vendredi à un examen de la situation économique mondiale. Ils devraient faire preuve du même optimisme que leurs ministres des Finances qui, le 7 juillet dernier à Rome, ont estimé que le ralentissement économique actuel était un phénomène passager, les États-Unis prédisant un retour à une croissance de 3,0 % du PIB chez eux dès l’an prochain. L’accent sera mis sur la nécessité d’obtenir par le biais d’un dialogue avec les producteurs une réduction des prix du pétrole, qui freinent considérablement l’activité en raison de la ponction qu’ils représentent sur les revenus des ménages. Les «Sept» prôneront également l’ouverture d’un nouveau cycle ambitieux de libéralisation des échanges lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se déroulera du 9 au 13 novembre à Doha (Qatar). « Vaincre la pauvreté » L’ironie de l’Histoire veut que ce soit précisément sur ce dossier que les antimondialisation avaient réussi leur première grande mobilisation en décembre 1999 à Seattle. Mais le reste du sommet a été organisé par la présidence italienne du G7 pour éviter de donner l’impression que les pays riches ne se soucient que de leurs intérêts économiques, Rome ayant choisi cette année pour thème : «Vaincre la pauvreté». «La réduction de la pauvreté est le principal dossier de la réunion», explique Armando Varrichio, conseiller diplomatique du président de la Commission européenne, Romano Prodi, qui entend envoyer de Gênes un «message fort» en ce sens. Dès vendredi soir, les «Sept» rencontreront les dirigeants de six pays du Tiers Monde (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie Mali, Bangladesh et Salvador), ainsi que le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, pour débattre de ce dossier. Pour le président algérien Abdelaziz Bouteflika, il s’agira d’une deuxième reconnaissance internationale après sa rencontre du 12 juillet avec le président américain George W. Bush. L’Union européenne entend mettre à profit ce sommet pour promouvoir ses initiatives en faveur des pays pauvres. Outre la réduction de la dette – voire son annulation pour les pays les moins avancés –, les Quinze demanderont aux autres pays riches de suivre son exemple en ouvrant totalement leur marché aux produits des régions les moins développées du monde, sauf pour les ventes d’armes (initiative «Tout sauf les armes»). Kyoto sera débattu Les pays les plus riches plaideront pour des investissements dans le secteur de l’éducation, un domaine souvent sacrifié sur l’autel des plans d’assainissement du Fonds monétaire international (FMI), mais aussi sur la nécessité de combler le fossé entre Nord et Sud dans les technologies de l’information. Les dirigeants du G8 sont également appelés à annoncer à Gênes leur contribution au fonds de l’Onu pour lutter contre les maladies transmissibles, du sida à la tuberculose en passant par la malaria, qui font des ravages dans les pays les plus pauvres. Un montant initial d’un milliard de dollars, qui devrait être complété par des dotations privées, a été cité à New York pour ce fonds, dont le siège provisoire serait fixé à Bruxelles. Enfin, les quatre pays européens du G8 mettront le sommet à profit pour faire avancer leurs thèses dans deux domaines. Ils veulent utiliser ce forum pour obtenir la reconnaissance du principe de sécurité alimentaire, qui leur permettrait par exemple de refuser le bœuf aux hormones américain. Mais ils entendent surtout faire pression sur les États-Unis avec leurs alliés japonais et russe pour que George Bush, qui a dénoncé le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, accepte de faire preuve d’ouverture.
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