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Actualités - Analyses

Les opposants dénoncent les faux-fuyants du pouvoir

Les sous, ce sont les sous qui commandent. On l’a vu avec Milosevic. Même l’honneur national, bien ou mal compris, s’efface devant les besoins économiques d’un pays. En quête d’aides pressantes, la Serbie n’a pas hésité à se soumettre aux conditions posées par les donateurs, en leur livrant l’ancien président yougoslave. Ici même, il est assez évident que l’éradication du haschisch est également une exigence des Occidentaux, Américains en tête, en vue de Paris II. Malgré l’impopularité rurale de la mesure, le gouvernement se décide à y recourir. Mais en s’efforçant de composer et en chargeant, dans un dérisoire effort de diversion, d’étranges «coupables» comme… la presse étrangère ! Les opposants sautent donc sur l’occasion, pour dénoncer le tango gouvernemental, un pas en avant et deux en arrière. Un ancien ministre, naturellement peu porté à la clémence à l’égard de ses remplaçants, juge comme «une circonstance aggravante que le pouvoir promette aux cultivateurs de compenser la perte du chanvre par un plan de soutien social et de développement agraire. Car il n’y a aucune commune mesure, et les agriculteurs l’ont tout de suite fait savoir, entre ce qu’un tel programme peut apporter à la région et le rendement juteux du H. D’autant que des plans de la sorte, il y en a depuis des années, les 150 milliards de LL prévus dans ce cadre n’ayant à peu près rien donné, tant est accablante l’impéritie de notre Administration». Et de rappeler qu’en 1992, dans la foulée de la guerre du Golfe et de la bonne entente syro-américaine, Washington avait pu obtenir de Beyrouth et de Damas un effort conjoint, dûment rétribué, pour raser manu militari les champs dorés de la Békaa. «Aujourd’hui, le pouvoir se réveille. Mais qu’il nous dise pourquoi il n’a pas levé le petit doigt quand la culture s’est faite il y a quelques mois. Les médias l’avaient signalé pourtant, et si l’interdit avait été alors lancé, les paysans auraient eu la possibilité de se rabattre sur d’autres cultures. L’État aurait pu les aider, à planter par exemple du tournesol racheté au prix fort, comme Banna, directeur des FSI dans les années soixante, en avait lancé l’idée. D’ailleurs aujourd’hui, l’Onu s’engage à nous donner une aide considérable, plusieurs dizaines de milliards de LL, pour des cultures de substitution. Pourquoi hésiter ?». «Il est ridicule de prétendre, poursuit cet impitoyable procureur, que «tout est de la faute de médias étrangers politiquement malveillants», parce qu’ils ont dénoncé à grand tapage la reprise de la culture du haschisch au Liban. Une bien piètre excuse, du reste tout à fait irrecevable. Car on ne peut admettre que l’État lui-même laisse entendre qu’on peut contourner ou ignorer la loi. Dans le même esprit, il n’appartient pas aux dirigeants de ce pays d’affirmer, comme ils le font, que la culture du H est certes prohibée, mais qu’il faut prendre en compte les causes qui la justifient. On ne demande pas en effet à nos ministres de nous livrer des études de sociologie, mais de gouverner. Ce qui signifie peut-être qu’il faut s’accommoder parfois de compromis, mais jamais aux dépens de la loi et a fortiori de l’intérêt national. Or, en annonçant que l’opération va être découpée en tranches, le gouvernement invite les cultivateurs, et ceux qui les soutiennent à des fins politiques, à saboter son programme dès le départ. En organisant une fronde spectaculaire, avec femmes et enfants criant misère, qui donnerait du pouvoir l’image d’un bourreau des pauvres. Est-ce que l’on n’est pas là devant une maladresse voulue ? Est-ce que le gouvernement ne donne pas exprès à ses adversaires présumés des verges pour le battre ? Pourquoi ce communiqué tonitruant lancé du Sérail par les officiels pour annoncer la rafle bien à l’avance ? Pourquoi le programme d’éradication n’a-t-il pas été engagé en toute discrétion, pour ménager l’effet de surprise et prévenir tout mouvement de colère. Quitte ensuite à dialoguer avec les parties concernées, cultivateurs ou formations politiques, pour des arrangements déterminés de compensation. Les bévues des responsables, souligne cette personnalité, ont permis au Hezbollah, qui refusait naguère de couvrir les planteurs de haschisch, de les soutenir car leur cause devient médiatiquement et politiquement payante. Le pire, c’est qu’on a l’air de songer sérieusement à un rachat par le Trésor, c’est-à-dire par le contribuable, de la récolte de haschisch dans un mois. Pour des dizaines de millions de dollars, alors que les caisses sont vides». Et de ricaner pour conclure : «Cette récolte, qu’est-ce qu’on en ferait ? La revendre aux dealers d’ Europe, ou la redistribuer aux Libanais, pour qu’ils en oublient un peu leurs tracas ? Ce qui a été abusivement payé aux squatters du centre-ville, de Wadi Abou Jemil, de Khaldé, d’Ouzaï ou d’ailleurs ne suffit-il donc pas ? Va-t-on continuer à laisser l’État se soumettre à tous les chantages, politiques et autres ? Quand donc force restera-t-elle à la loi ?»
Les sous, ce sont les sous qui commandent. On l’a vu avec Milosevic. Même l’honneur national, bien ou mal compris, s’efface devant les besoins économiques d’un pays. En quête d’aides pressantes, la Serbie n’a pas hésité à se soumettre aux conditions posées par les donateurs, en leur livrant l’ancien président yougoslave. Ici même, il est assez évident que l’éradication du haschisch est également une exigence des Occidentaux, Américains en tête, en vue de Paris II. Malgré l’impopularité rurale de la mesure, le gouvernement se décide à y recourir. Mais en s’efforçant de composer et en chargeant, dans un dérisoire effort de diversion, d’étranges «coupables» comme… la presse étrangère ! Les opposants sautent donc sur l’occasion, pour dénoncer le tango gouvernemental, un pas en avant et deux...