Placé devant le fait accompli, le président yougoslave Vojislav Kostunica a désapprouvé la décision du gouvernement de Serbie de livrer son prédécesseur Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international (TPI), estimant qu’elle portait un coup à la Yougoslavie. Le ton grave, M. Kostunica, s’adressant jeudi soir à la nation, a fustigé la décision du cabinet de Serbie de remettre M. Milosevic au TPI, soulignant qu’elle constituait «un coup porté à l’État de droit», mais aussi «à l’État fédéral». Selon lui, la manière dont s’y sont pris les ministres serbes pour se débarrasser de M. Milosevic a «fait ressurgir les méthodes les plus antidémocratiques, l’anarchie et les prises de décisions hâtives, auxquelles recourait l’ancien régime», et que la nouvelle équipe dirigeante à Belgrade ne cesse de dénoncer. M. Kostunica a souligné que la décision finale de transférer M. Milosevic à La Haye, prise visiblement sans son aval, pouvait être interprétée comme une atteinte «à la Constitution» et était de nature à mettre en péril l’avenir de la Fédération yougoslave que composent, depuis sa création en 1992, la Serbie et le Monténégro. M. Kostunica s’est néanmoins posé en garant de la sécurité nationale. «Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher le pire et sauvegarder l’unité de l’État et les intérêts des citoyens», a-t-il affirmé. Pour l’immédiat, le président a surtout fait montre d’impuissance. S’il est le chef des forces armées fédérales, il n’a constitutionnellement aucune prise, sauf si l’État d’urgence est proclamé, sur les décisions et activités des gouvernements de Serbie et du Monténégro, qui disposent chacun de ses propres institutions judiciaires et forces de police. Avant l’intervention télévisée de M. Kostunica, le Premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic, avait répondu par avance, point par point, aux attaques, qu’il subodorait, du président yougoslave. Si le cabinet serbe a agi de la sorte, c’est précisément, a-t-il indiqué en substance, parce que le pays était en danger après la décision de la Cour constitutionnelle, jeudi à la mi-journée, de geler la procédure d’application visant au transfèrement de M. Milosevic. M. Djindjic a notamment fondé la décision de son gouvernement sur l’article 16 de la Constitution de l’État fédéral qui impose à la Yougoslavie de respecter les traités internationaux qu’elle a signés. Le TPI est une émanation de l’Onu, dont est membre la Yougoslavie. Belgrade ne pouvait pas durablement se soustraire à ses obligations et risquer «un nouvel isolement», sur la scène mondiale, préjudiciable à la reconstruction économique du pays, a souligné M. Djindjic. Le mouvement de M. Kostunica (DSS/Parti démocratique de Serbie) n’avait pas pris part mercredi soir à une réunion de la coalition dirigeante (DOS) – dont il fait pourtant partie –, au cours de laquelle a été réaffirmée la nécessité de passer outre une éventuelle décision de suspension de la Cour constitutionnelle. Pour le monténégrin Zoran Zizic, le Premier ministre fédéral, l’avenir de la DOS est fragilisée par la position adoptée par le DSS et les propos tenus par M. Kostunica, qu’il a par ailleurs approuvés. «Le futur de la coalition actuelle est remis en cause par le fait que les représentants de tous les partis de la DOS, sauf ceux du DSS, viennent d’exécuter un acte anticonstitutionnel». Pour M. Zizic, cette «crise» pose la question de la survie de la Fédération yougoslave. «L’État fédéral est bouleversé à sa base et les principes de fonctionnement de son gouvernement ont été annulés», a estimé M. Zizic. Selon un commentateur, «le départ de M. Milosevic aura tout de même le mérite, à très court terme, de clarifier les choses sur la scène intérieure».
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