Un mois après l’échec de son projet de fusion avec son concurrent américain Lucent, l’équipementier français de télécommunications Alcatel amplifie sa restructuration, avec l’annonce hier d’une cession programmée de la plupart de ses usines d’ici à la fin 2002. «Nous allons être bientôt une compagnie sans usines», a déclaré le PDG du groupe Serge Tchuruk au quotidien américain Wall Street Journal, à qui il a réservé la primeur de la nouvelle. À terme, Alcatel conservera un peu plus d’une douzaine d’unités de production dans le monde, contre 120 il y a cinq ans, a-t-il indiqué sans préciser le nombre des unités qu’il conserverait. Nombre de ces unités seront cédées à des spécialistes de la sous-traitance électronique qui continueront à produire pour le compte d’Alcatel. M. Tchuruk a promis que cette «externalisation» – vocable pudique des industriels pour signifier un désengagement – n’entraînerait pas de casse sociale majeure. «Il n’y a pas de drames sociaux dans l’ensemble de cette stratégie», a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse. Il a refusé de préciser combien des 110 000 salariés d’Alcatel étaient concernés par sa décision donnée dont il veut «laisser la primeur» aux partenaires sociaux. Il a indiqué au WSJ négocier des suppressions d’emplois avec les syndicats et n’a pas exclu, devant la presse, des fermetures de sites. Mais il a démenti une étude d’analyste prêtant à Alcatel l’intention de supprimer 15 000 emplois. «Vous direz à ce monsieur qu’il se trompe», a-t-il affirmé. «Nous mettons un point d’honneur à externaliser des activités qui sont en bonne condition dans de bonnes conditions. Est-ce que cela veut dire qu’il n’y a aucune espèce de fermeture d’usines dans le spectre d’activités d’Alcatel ? Il peut y en avoir, comme dans n’importe quelle industrie», a reconnu M. Tchuruk. Mais, a-t-il estimé, «c’est un petit nombre, pas très important». «Ce n’est de loin pas l’essentiel», a-t-il ajouté. La nouvelle stratégie d’Alcatel a été fraîchement accueillie par les syndicats du groupe en France. Selon la CGT, «un millier d’emplois» pourraient être menacés dans l’Hexagone. Insistant sur le «flou» de la direction, la CFDT a appelé à «une très grande prudence». Un comité de groupe européen d’Alcatel est prévu vendredi au siège parisien du groupe. Fin 2000, Alcatel employait 29 % de ses effectifs en France, 28 % en Allemagne, 13% dans le reste de l’Europe, 14 % aux États-Unis, 4 % en Asie et 12 % dans le reste du monde. Les marchés ont en revanche bien réagi à l’annonce de M. Tchuruk. La volonté d’Alcatel de sous-traiter ses productions n’entrant pas dans son «cœur de métier» des infrastructures de réseaux télécoms n’est pas neuve. Suivant une tendance globale de l’industrie, le groupe avait déjà cédé fin avril son usine de téléphones portables de Laval à l’américain Flextronics. Les nouvelles productions dont le groupe veut maintenant se désengager concernent pour l’essentiel les produits de grande consommation (téléphones fixes, modems d’accès Internet ADSL) et ceux d’«électronique professionnelle» à destination notamment des industries de défense. Dans ces secteurs, Alcatel entend céder ses usines ou en faire des joint-ventures avec de «très grandes sociétés», au premier rang desquelles figurent les groupes français Thomson Multimédia et Thales, déjà liés au groupe de Serge Tchuruk par divers accords de partenariat. Alcatel n’entend pas en revanche sous-traiter ses productions dans les secteurs de l’espace, des réseaux sous-marins ou des composants et des réseaux optiques. «Elles sont extrêmement pointues et on veut en garder entièrement le contrôle», a affirmé hier M. Tchuruk.
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