Le grand basculement des billets et des pièces européennes vers l’euro est attendu dans près de 200 jours, mais le taux de la monnaie unique ne cesse de diminuer face au dollar, au risque d’entamer la confiance de quelque 300 000 Européens dans leur nouvelle monnaie. Depuis son lancement il y a deux ans et demi, l’euro a perdu 28 % de sa valeur par rapport au billet vert, sans que les déclarations ou les initiatives de la Banque centrale européenne parviennent à enrayer le processus. Au contraire, le président de la BCE, Wim Duisenberg, est critiqué pour ses lacunes en matière de communication. Il n’est pas rare que les opérateurs des marchés saluent ses prestations en se délestant de leurs euros. La question qui se pose est en fait de savoir si la BCE souhaite se battre pour un euro fort. Les positions divergent sur la question au sein même des autorités européennes, certains adoptant une posture purement libérale («on ne se soucie pas de la valeur externe de l’euro, ce sont les marchés qui la déterminent»), d’autres prônant la défense d’une monnaie forte, afin de s’imposer comme une puissance économique internationale. Un euro fort permettrait par exemple à terme de convaincre certains pays de l’utilité de constituer des réserves en euros ou, mieux, d’obtenir la cotation de matières premières en euro au lieu de dollar. En soi, la dépréciation de la monnaie n’est pas une mauvaise chose pour les économies de la zone euro, au contraire, seraient tentés d’ajouter certains. Leur taux d’exposition à l’étranger a diminué de moitié depuis l’adoption de l’euro, puisque la majeure partie de leurs échanges commerciaux sont réalisés à l’intérieur de la zone. L’inflation importée se trouve ainsi relativement réduite. Ainsi, la valeur intrinsèque de l’euro, en termes de pouvoir d’achat intrazone, reste forte dans la mesure où l’inflation est peu ou prou maîtrisée. «Les Américains ne se posent jamais la question de la valeur du dollar. Pour eux, un dollar vaut un dollar», explique-t-on dans les couloirs bruxellois, en guise de comparaison. La faiblesse de l’euro représente aussi, paradoxalement, un avantage compétitif non négligeable pour les exportateurs européens qui peuvent écouler plus facilement leurs marchandises. Elle a dopé l’activité du Vieux continent l’année dernière, période au cours de laquelle l’euro a brutalement dévissé pour atteindre fin octobre son plancher historique de 0,8230 dollar, et devrait continuer à la soutenir, dans une moindre mesure, en 2001. Pour ces raisons, les mauvaises langues soupçonnent la BCE de s’accommoder finalement assez bien du cours actuel de la monnaie, qui lui évite d’avoir à baisser trop franchement ses taux. En fait, la seule obligation statutaire (inscrite dans l’article 105 du traité de la communauté européenne), qui incombe à la Banque centrale, un organe indépendant de tout pouvoir politique, est de maîtriser l’inflation à moyen terme. La conviction sous-jacente est que la stabilité des prix est la meilleure contribution possible à une croissance durable. Dans cette perspective, il est certain qu’un euro fort facilite la tâche de la BCE, alors qu’un euro faible ouvre la voie à l’inflation importée. Entre une nouvelle baisse des taux d’intérêt pour stimuler l’activité économique, qui présente de plus en plus de signes d’essoufflement dans la zone euro, et le souci de limiter l’inflation, la marge de Wim Duisenberg est étroite.
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