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Actualités - Chronologies

Menem et l’Argentine : une longue histoire de séduction

Carlos Menem, qui vient d’être emprisonné dans l’affaire des ventes illégales d’armes à la Croatie et à l’Équateur, aura entretenu pendant dix années de présidence avec l’Argentine une longue histoire de séduction marquée par un pic de prospérité économique mais une institution de la corruption à tous les niveaux. Il a, de 1989 à 1999, exercé la plus longue présidence de l’histoire du pays. Mais après avoir séduit les masses populaires par son discours péroniste, le Parti justicialiste sera pour la première fois chassé du pouvoir par le suffrage universel en 1999, lorsque son successeur désigné Eduardo Duhalde eut à payer pour les frasques du «caudillo de La Rioja», la province où Carlos Menem est né le 2 juillet 1930. Passionné de bolides de sports, amoureux des jolies femmes, «péronistes ou non», Carlos Menem est arrivé dans les années 80 sur le devant de la scène avec ses costumes cintrés, cheveux longs et rouflaquettes épaisses. Personne dans le Parti justicialiste en pleine reconstruction n’aurait misé sur sa réussite lorsqu’il propose sa candidature au mouvement en 87 en vue de l’élection présidentielle de 1989. Il va cependant inverser tous les pronostics pour parvenir à s’imposer d’abord dans son parti puis à la magistrature suprême où il succède à Raul Alfonsin. De 1991 à 1995 l’Argentine va retrouver un lustre qu’elle n’avait plus connu depuis la Seconde Guerre mondiale grâce à Carlos Saul Menem qui va, d’autre part, réussir à faire rentrer les militaires dans leurs casernes alors qu’ils avaient déclenché trois putsch contre Raul Alfonsin. Mieux, aux pays des caudillos, il fera abolir la conscription après avoir pardonné les crimes de la dictature et redémarrer une économie à terre en adoptant l’idée de son ministre Domingo Cavallo de la «convertibilité», la parité entre le dollar US et le nouveau peso argentin, qui allait durablement stabiliser la monnaie. Pendant dix années, il va également, dans des conditions souvent douteuses, privatiser à tour de bras tout ce qui peut l’être, à commencer en 1990 par Aerolineas Argentinas, qui en paye aujourd’hui les conséquences, jusqu’à la firme pétrolière YPF, vendue en 99 à la compagnie espagnole Repsol. En tout, environ 40 milliards de dollars dont les économistes se demandent où exactement ils sont passés, car dans le même temps, la dette publique a presque doublé pour arriver à près de 120 milliards de dollars fin 99. À intervalles réguliers, quelques livres dénoncent «la fiesta menemista», les excentricités coûteuses de Carlos Menem, de sa famille, de ses proches et d’une partie de la classe politique qui lui tourne aujourd’hui le dos. On le disait, à l’origine, de religion musulmane comme ses parents venus de Syrie, et il jure avoir été enfant de chœur à Anillaco lorsqu’il était adolescent. Jusqu’en 1994, en effet, la Constitution argentine prévoyait que seul un catholique pouvait accéder à la présidence. Son fils Carlos Saul junior, victime à 25 ans d’un accident d’hélicoptère suspect en 1995, repose dans le carré musulman d’un cimetière des environs de la capitale. Plus «papiste que le pape», il multipliera les condamnations de l’avortement jusqu’à ce que Zulema Yoma, son épouse répudiée en 1990, révèle qu’elle avait elle-même avorté à sa demande. Interrogé il y a trois mois par la radio Metropolitana, il a juré «la main sur le cœur» ne pas s’être enrichi pendant ses dix années de présidence et a déclaré un patrimoine de 1,9 million de dollars alors que les chiffres les plus farfelus courent sur l’étendue de sa fortune. La presse argentine a parlé de 3 milliards de dollars. Un avocat de sa mouvance dit à ce sujet : «La fortune de Menem, ça n’a plus de sens. C’est comparable à un numéro de téléphone !». Sa propriété d’Anillaco, près de La Rioja, est officiellement au nom de sa fille Zulemita. Lui avait décidé d’habiter en compagnie de sa nouvelle épouse Cecilia Bolocco une maison dont on ignore le propriétaire, dans le quartier chic de Martinez, son lieu de détention au nord de Buenos Aires, évaluée à 2,5 millions de dollars, avec «six salles de bains», selon les exigences de l’ex-Miss Univers.
Carlos Menem, qui vient d’être emprisonné dans l’affaire des ventes illégales d’armes à la Croatie et à l’Équateur, aura entretenu pendant dix années de présidence avec l’Argentine une longue histoire de séduction marquée par un pic de prospérité économique mais une institution de la corruption à tous les niveaux. Il a, de 1989 à 1999, exercé la plus longue présidence de l’histoire du pays. Mais après avoir séduit les masses populaires par son discours péroniste, le Parti justicialiste sera pour la première fois chassé du pouvoir par le suffrage universel en 1999, lorsque son successeur désigné Eduardo Duhalde eut à payer pour les frasques du «caudillo de La Rioja», la province où Carlos Menem est né le 2 juillet 1930. Passionné de bolides de sports, amoureux des jolies femmes, «péronistes ou...