L’argent tiré par l’Irak de la contrebande de pétrole, que Washington cherche à tarir par une révision des sanctions, est le nerf du régime de Saddam Hussein et lui permet de se maintenir au pouvoir. «L’argent de la contrebande est la principale source de force et le nerf du régime» en Irak, pays dévasté par près de 11 ans d’embargo, déclare un diplomate occidental à Bagdad. Selon lui, «l’opposition violente (des dirigeants irakiens) aux sanctions “intelligentes” s’explique par leur inquiétude devant l’éventualité de perdre cette manne», estimée par les milieux diplomatiques à 1,5 milliard de dollars par an. L’Irak a suspendu lundi pour un mois ses exportations de pétrole contrôlées par l’Onu, pour protester contre un projet américano-britannique de résolution sur une révision des sanctions, que l’Onu doit examiner début juillet. Ce projet de «sanctions intelligentes» vise entre autres à mettre fin à la contrebande de pétrole, tout en facilitant l’importation par l’Irak des biens à usage strictement civil. Les recettes de cette contrebande servent essentiellement à «renforcer les services de sécurité, le reste allant aux autres administrations de l’État», a affirmé le diplomate. Les revenus de l’Irak dans le cadre du programme pétrole contre nourriture, en vigueur depuis 1996, sont placés sur un compte séquestre à New York et ne peuvent servir qu’à financer des achats de biens approuvés par l’Onu. Le principal objectif du projet américano-britannique, bien qu’il soit présenté sous un «habillage» humanitaire, est de «priver Saddam Hussein d’argent pour l’affaiblir et le déstabiliser», explique un autre diplomate occidental. Or, ajoute-t-il, «le principal objectif du régime est de se maintenir au pouvoir et pour cela il lui faut de l’argent». La contrebande se fait par les eaux territoriales de l’Iran, le commerce transfrontalier avec la Turquie et la Jordanie, ou encore via un oléoduc reliant l’Irak et la Syrie. La révision des sanctions ne pourrait entrer en vigueur sans la coopération de ces pays. «La Turquie et la Jordanie pourraient y être contraintes en échange de compensations financières, mais pas l’Iran et la Syrie», commente le premier diplomate. «Dans tous les cas, les sanctions intelligentes ne pourront pas totalement arrêter la contrebande», estime-t-il. Les deux diplomates conviennent que le régime irakien cherche surtout à se renforcer et ne se préoccupe pas de l’impact que pourrait avoir sur la situation humanitaire une interruption prolongée de ses exportations pétrolières sous la supervision de l’Onu. «Le régime est persuadé qu’avec la contrebande, il va s’en sortir et que les voisins qui accepteraient publiquement les sanctions intelligentes fermeraient les yeux dans la pratique sur le trafic du brut irakien», affirme le diplomate occidental.
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