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Actualités - Biographies

REGARD - Maroun Hakim : acryliques sur toile - Mariage morganatique

À travers les étapes de son itinéraire pictural, Maroun Hakim n’a cessé de chercher à dépasser la conception traditionnelle du tableau, tantôt creusant la surface du support en bois en une sorte de bas-relief tourmenté ; tantôt puisant aux ressources des techniques mixtes, avec des fils de fer barbelés, les morceaux de tissus, des pièces de bois, des objets en céramique protubérants, sans, pour autant, aller jusqu’à faire de ce processus de collage et d’assemblage l’essentiel de son travail, à l’instar de son ami Mohammed Rawas ; tantôt recourant aux froissements de la toile fixés par des colles spéciales, sans trop s’attarder dans cette zone trop austère, trop abstraite ou peut-être trop univoque à son goût. Forces contraires Ces expériences montrent que Maroun Hakim reste tiraillé par plusieurs pulsions contraires tant au niveau des thèmes que des traitements, cherchant à chaque période à trouver une conciliation résolutive sans jamais en être chaque formule – le tableau sculpté, la toile froissée, sculptée elle aussi en quelque sorte, les mixed media – comme valable en soi, il ne tarde pas à se mettre en quête d’un nouveau moyen d’expression des courants contraires, superficiels et profonds, qui se partagent son esprit et sa sensibilité, d’une nouvelle manière de traduire la dualité ou la multiplicité des forces d’ordre et de désordre qui agissent en lui entre conscient et inconscient, angoisse et sérénité. Dans sa Méditation sur Les mailles de la vie, un Rêve de liberté qui se reflète dans l’Éveil du printemps ou Le charme d’une aube, il ne peut éluder les Contemplations, Face à Face, avec les Déchirures des Masques en attente du Jugement dernier et de son Enfer métallique. Cette Mémoire d’homme va donc de L’Ardeur du coquelicot aux Regards sur l’infini, traversant, dans sa Passion de sable, non seulement l’aube et le printemps, mais également le Crépuscule et L’Automne. L’hiver et la nuit, qui marqueraient un point d’orgue, sont cependant absents – ou plutôt la nuit est illuminée par un Clair de lune : cette nuit lumineuse est sans doute l’image de cette résolution conciliatoire que Maroun Hakim, chez qui la quête stéréométrique du sculpteur appelle la quête chromatique du peintre comme une nécessaire complémentarité, ne cesse de poursuivre. Cette complémentarité n’est pas seulement mise en regard de deux démarches, deux intensités, deux structurations à facettes dans des architectoniques différentes : c’est d’abord à leur niveau que la conciliation se fait jour à travers les diverses tentatives d’échapper à la forme traditionnelle du tableau. Retour à la peinture Dans la présente exposition, Maroun Hakim revient à la peinture, sans additifs ni succédanés, mais c’est pour donner un nouvel aspect au tiraillement des forces : ici, le temps et l’espace, la stabilité et l’instabilité, l’immobilité et le mouvement, le figuratif et l’informel se conjuguent en un mariage morganatique, une alliance d’intranquillité, celle-là même qui alimente chez Maroun Hakim le besoin de peindre et de sculpter. Ici, les trois dimensions de l’espace sculptural deviennent les multiples dimensions de la palette : les couleurs, souvent franches et pures, avec une force vibratoire capable de provoquer des chocs visuels, se projettent en avant ou s’enfoncent en arrière, creusant des trous d’ombre où le regard s’accroche comme à un radeau au sein d’une mer agitée. Dans le chaos secrètement ordonnancé des touches formant paysages, bouquets, visages, odalisques, certaines pointes colorées, plus éclatantes ou plus profondes que leur entourage, émergent comme des balises visuelles au milieu d’un inextricable écheveau de traînées linéaires sillonnant la surface peinte dans tous les sens, comme pour rendre sensible la fébrilité d’un monde en perpétuel mouvement. Parcours aléatoires Ce mouvement sans relâche vient en quelque sorte contredire l’immobilité des odalisques, des paysages, des bouquets, des visages et des masques : l’événement pictural ne se passe pas au niveau de l’alibi figuratif mais dans ce dialogue entre deux temps de la toile : le temps du repos et de la pesanteur terrestre des êtres, des choses et des couleurs, et le temps du grouillement spermatozoïdal aérien des trajectoires libres qui révèlent un plan invisible de la surface sur lequel elles entrecroisent leurs parcours aléatoires. Surface feuilletée, avec plusieurs plans entrechevauchés qui, parfois, se matérialisent par le décalage d’une toile dans la toile ou de plusieurs «étages» de représentation, sans recourir à la perspective géométrique. En fait, il en existe une infinité, chaque couleur donnant lieu à un étage virtuel situé à une distance chromatique modulable, du minimum au maximum de contraste, des étages voisins, inférieurs ou supérieurs, entre lesquels l’œil peut monter ou descendre. Dimension temporelle À moins qu’il ne préfère se laisser emmener par un tracé qui le transportera d’un point quelconque de la toile à un autre point quelconque, d’où il pourra rallier un autre sillage dans un cheminement hasardeux qui matérialise en quelque sorte le balayage visuel de la surface, avec des points de fixation du regard, des stations et des têtes de ligne clairement repérables à travers le réseau qui permet aussi de bifurquer brusquement aux points d’intersection. La perception devient ainsi un jeu labyrinthique sans début ni fin, comparable aux hyperliaisons d’intertextualité sur le Web, d’autant plus que la vitesse manuelle du peintre finit par se communiquer à l’œil qui se met à courir dans tous les sens vers une halte ou un havre qui n’existe pas à l’intérieur du cadre puisque les tracés erratiques filent au-delà, prolongeant le mouvement et la fébrilité dans l’aura invisible du tableau ouvert des quatre côtés, sans limites déterminables, même quand le cadrage du sujet lui confère un centre d’attraction. Par là Maroun Hakim cherche à traduire, au-delà des multiples dimensions d’un espace virtuel fragmenté à un coordonnées, la dimension temporelle, celle-là même de la musique, au statut de laquelle tous les arts aspirent, à en croire W. Pater, mais en l’occurrence une musique pour lui incongrue qui préconise l’anarchie plutôt que l’ordre tonal et aux accords harmonieux, préfère les stridentes dissonances, à l’image du monde actuel (galerie Épreuve d’artiste).
À travers les étapes de son itinéraire pictural, Maroun Hakim n’a cessé de chercher à dépasser la conception traditionnelle du tableau, tantôt creusant la surface du support en bois en une sorte de bas-relief tourmenté ; tantôt puisant aux ressources des techniques mixtes, avec des fils de fer barbelés, les morceaux de tissus, des pièces de bois, des objets en céramique protubérants, sans, pour autant, aller jusqu’à faire de ce processus de collage et d’assemblage l’essentiel de son travail, à l’instar de son ami Mohammed Rawas ; tantôt recourant aux froissements de la toile fixés par des colles spéciales, sans trop s’attarder dans cette zone trop austère, trop abstraite ou peut-être trop univoque à son goût. Forces contraires Ces expériences montrent que Maroun Hakim reste tiraillé par plusieurs...