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Actualités - Opinions

Entre génocide et géocide -

À l’heure où Shimon Peres propose de geler la colonisation, en échange d’un bémol à l’Intifada, il serait opportun de faire le point sur l’évolution insidieuse des implantations en temps de paix. Une évolution qui a abouti à une situation aberrante où un peuple jadis martyrisé devenait le bourreau d’un autre. Il serait vain d’essayer de trouver une justification logique à cette agression territoriale que constitue la colonisation pas plus qu’il n’est acceptable de remettre en question un fait historique bien établi : la shoah. Les rescapés du génocide et des pogroms qui ont élu domicile par la force en Palestine ont à leur tour commis leur propre crime contre l’humanité : un «géocide», véritable assassinat de la terre par la colonisation. Le Comité international de la Croix-Rouge a d’ores et déjà déclaré que cette extermination de la terre constitue un crime de guerre. À une époque où l’on s’attèle à conserver l’habitat naturel de n’importe quelle espèce animale, a-t-on le droit de dépouiller tout un peuple du dernier quart de sa terre natale ? Et comme pour confirmer la politique de grignotage systématique des territoires palestiniens occupés en 1967, les descendants des victimes du génocide ont plébiscité Ariel Sharon, chantre du «transfert des populations» dès 1973 et star des criminels de guerre depuis 1982 ! Encore que l’absence éphémère du «Bulldozer» de la scène politique israélienne n’ait jamais freiné l’agression territoriale. La commission Mitchell vient de révéler que la construction d’implantations juives à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza a progressé de 40 % durant les 7 dernières années. Sept ans d’Oslo, ce qui jette un doute sérieux sur la volonté de paix israélienne. Tout comme sur le prétexte invoqué tour à tour par Benjamin Netanyahu, Ehud Barak et Shimon Peres de «l’accroissement naturel» des colonies. Leur population est passée de 100 000 en 1993 à 200 000 aujourd’hui. Le double en 7 à 8 ans… Du jamais vu dans l’histoire de l’humanité ! Pour un «accroissement naturel», il faut croire que la nature est bien généreuse. Bien qu’une immigration massive ne saurait être étrangère à ce phénomène, le peuplement n’a jamais suivi le rythme effréné de la construction. En tenant compte d’un taux de croissance démographique de 3,4 % (le double de celui d’Israël) et en optant pour le généreux scénario, selon lequel aucun des colons ne prendra pour conjoint un autre colon, les calculs de Shalom Akshav (La Paix maintenant, mouvement israélien) ont montré que 9 300 nouveaux appartements suffiront pour combler les besoins de logement jusqu’en 2004. Or, il existe actuellement 9 844 appartements vacants ! Parallèlement à la multiplication et l’expansion injustifiées des implantations, une zone d’autonomie palestinienne, géographiquement éclatée, a vu le jour. L’équivalent des «bantoustans». Si ce système d’endiguement raciste est depuis longtemps révolu en Afrique du Sud, il est toujours en vigueur en Palestine ! D’ailleurs, le Goush Shalom (Bloc de la paix, mouvement israélien) ne réclame-t-il pas haut et fort «la fin de l’apartheid» ? Bien que ses prédécesseurs aient brillé avant lui, Ariel Sharon est passé maître dans l’art de l’usurpation des terres : «La vallée du Jourdain, zone de sécurité indispensable à la pérennité d’Israël, demeurera à jamais aux mains des juifs»… «Il est hors de question de céder la Cisjordanie, dont le sous-sol renferme les 2/3 de la nappe phréatique qui alimente l’État d’Israël». Serait-ce une nouvelle conception de «l’espace vital» de sinistre mémoire ? Si cette interrogation s’aventure trop loin dans l’assimilation de la dérive «sharonienne» à la doctrine hitlérienne, le nationalisme résolument agressif de l’actuel gouvernement est clairement démontré dans les propos de Zeev Sternhell, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il affirme sans détour que «la nécessité de défendre les colonies à tout prix et la conception annexionniste qu’elles incarnent conduisent à une fascisation de la société israélienne». Une telle autocritique est certes louable, mais elle est malheureusement loin de faire l’unanimité en Israël. La culpabilité de l’État hébreu pourrait donc être établie dans un utopique procès intenté pour «géocide», où les USA en seraient les complices tandis que les Palestiniens auraient également leur part de responsabilité, avec pour toile de fond l’inertie du monde, notamment de l’Europe. Les Palestiniens ont accepté une «paix intermédiaire», formule consacrée par l’universitaire Edward Saïd, sans prévoir une solution pacifique de rechange après le blocage des négociations sur les frontières, le statut final des territoires, Jérusalem et les réfugiés. Ils seraient donc accusés de «négligence criminelle», car l’issue inévitable de leur politique aura été l’Intifada avec son lot de victimes innocentes, des civils pour la plupart. Malgré l’aide humanitaire et financière octroyée aux Palestiniens, l’Union européenne serait à son tour accusée de «non-assistance à population en danger». L’UE a beau critiquer sévèrement la politique d’implantation juive, sa mauvaise conscience historique ne l’a jamais poussée à promulguer des sanctions pour dissuader l’État hébreu de poursuivre la colonisation, encore moins à le forcer d’abandonner le label «Made in Israël» sur les produits des colonies juives destinés à l’exportation. Les États-Unis seraient, quant à eux, accusés de complicité dans la perpétration de ce crime. En 1992, Washington avait subordonné l’octroi de milliards de dollars en garanties de prêts à Israël au gel de la colonisation. Promesse non tenue côté israélien. Pire, black-out total côté américain : le consulat US à Jérusalem justifiait la construction de nouvelles colonies par l’expansion des colonies préexistantes. Omission intentionnelle ou bévue diplomatique, le résultat demeure le même : un parti pris flagrant en faveur d’Israël qui place Washington en porte-à-faux par rapport à son rôle de «courtier honnête» du processus de paix. Dans un tel contexte, la colonisation constitue clairement un obstacle à la paix dans la mesure où «le but évident des implantations est de barrer la route à l’établissement d’un État palestinien viable», comme le souligne Henry Siegman, expert américain en politique étrangère, avant d’ajouter qu’à l’ombre des implantations «tout arrangement pour l’arrêt des violences palestiniennes ne peut être que de courte durée». Le succès de la récente initiative de Shimon Peres se trouve alors fort compromis et le terme improvisé de «géocide», pour désigner le pillage de la terre, pourrait tout autant être synonyme d’anéantissement de la paix. Encore faut-il que le fameux marché conclu à Madrid en 1991 soit toujours d’actualité.
À l’heure où Shimon Peres propose de geler la colonisation, en échange d’un bémol à l’Intifada, il serait opportun de faire le point sur l’évolution insidieuse des implantations en temps de paix. Une évolution qui a abouti à une situation aberrante où un peuple jadis martyrisé devenait le bourreau d’un autre. Il serait vain d’essayer de trouver une justification logique à cette agression territoriale que constitue la colonisation pas plus qu’il n’est acceptable de remettre en question un fait historique bien établi : la shoah. Les rescapés du génocide et des pogroms qui ont élu domicile par la force en Palestine ont à leur tour commis leur propre crime contre l’humanité : un «géocide», véritable assassinat de la terre par la colonisation. Le Comité international de la Croix-Rouge a d’ores et...