Les forces yougoslaves se sont déployées hier, sous le contrôle de l’Otan, dans une région du sud de la Serbie qu’occupait il y a encore quelques jours la guérilla albanaise avant de déposer les armes. Plus de 4 000 militaires et policiers yougoslaves, appuyés notamment par des chars, ont participé à cette opération qui, en milieu d’après-midi, se poursuivait sans incident. Ces forces ne s’attendaient pas à rencontrer une grosse résistance, l’Armée de libération de Presevo-Medvedja-Bujanovac (UCPMB) – du nom de trois communes du sud de la Serbie à forte population albanaise – ayant accepté lundi, sous l’égide de l’Otan, de signer un accord sur son démantèlement. Belgrade n’excluait toutefois pas de devoir faire face à des «provocations» d’irréductibles demeurés sur place ou à l’explosion de mines laissées sur le terrain par les maquisards. La prudence était donc de mise. Une unité, qui devait investir l’ancien quartier général de l’UCPMB/sud à Madjare, à l’ouest de Presevo, est restée bloquée à plusieurs kilomètres de son objectif. «Les unités de police et les démineurs ont commencé à s’engouffrer dans le corridor et sont arrivés à Ilince (sur l’axe menant à Madjare), mais il y a beaucoup de mines et nous n’avons pas encore le feu vert pour avancer», a indiqué un officier, Miodrag Jevtic. Les forces yougoslaves ont entamé leur opération de déploiement vers 8h10 (6h10 GMT) dans le secteur B de la zone de sécurité limitrophe du Kosovo, constituée essentiellement de collines boisées. Elles ont simultanément emprunté cinq axes de pénétration, dans les parties nord et sud du secteur B, soit une superficie totale de 300 km2. Près de la ville de Presevo, des soldats et policiers d’élite ont pris possession de la localité de Gornja Susaja, d’où les maquisards ont, pendant des mois, multiplié les attaques contre les positions gouvernementales. Les habitations étaient désertes, mais des armes, des munitions et des uniformes de l’UCPMB y ont été découverts. Le déploiement des forces yougoslaves s’est opéré dans le dernier secteur de la zone de sécurité instaurée par l’Otan en juin 1999 entre le Kosovo et le reste de la Serbie, qui leur était encore interdite. Cette zone avait été mise en place pour empêcher les forces de Belgrade – alors commandées par l’ex-président Slobodan Milosevic – de se trouver au contact de la Force multinationale de l’Otan (Kfor) dépêchée au Kosovo. Belgrade a été autorisé par l’Otan à reprendre progressivement possession, à partir du 14 mars, de la zone tampon (5 km de large, 400 km de long), avant d’obtenir le feu vert de l’Alliance pour s’emparer du tronçon sud. Au nord du secteur B, les forces yougoslaves se sont déployées à Muhovac, l’un des anciens bastions les plus radicaux, dirigé par Muhamet Xhemaili qui, depuis plusieurs jours, a disparu du secteur ainsi que ses hommes. Quelques heures après le déploiement, Muhovac a été le théâtre d’événements quasi surréalistes : dans l’épicerie-café, les vieux du village se sont attablés avec une demi-douzaine de policiers serbes, sirotant ensemble une bière. Inspectant la localité voisine de Bilinica, où les forces yougoslaves sont entrées à la mi-journée, le vice-Premier ministre serbe, Nebojsa Covic, chargé du dossier du sud de la Serbie, a tenu à rassurer la population albanaise locale. «Nous n’aurez aucun problème de sécurité, vous pouvez d’ores et déjà faire revenir vos familles, et je vais essayer de vous aider à trouver du travail», a notamment déclaré M. Covic. À la demande de l’UCPMB, Belgrade a accepté de différer de quelques jours – au plus tard le 31 mai – l’entrée de ses forces dans la partie centrale du secteur B où se trouvent les plus importantes places fortes de l’UCPMB, Dobrosin et Konculj. La Kfor a offert l’amnistie aux membres de la guérilla ayant déposé les armes. 440 maquisards se sont rendus depuis le 15 mai, mais des centaines d’autres, originaires de la région de Presevo, sont depuis retournés à la vie civile, sans passer par la Kfor. Selon le Haut-Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) à Belgrade, le déploiement n’a provoqué hier aucun mouvement de population. «La situation, a souligné une porte-parole du HCR, a été très calme dans la région».
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