Quatorze jeunes acteurs libanais ont participé, le week-end dernier au Théâtre de Beyrouth, à un atelier de théâtre dirigé par Majdi Abou Matar, assisté par Badih Abou Chakra et Abdel Rahim el-Aouji. Roula Hamadé, Zeina Saab Di Melero, Talal Jerdi, Bassem Breich, Carole Abboud, Farah Nehmé, Zey Khawly, Effat Dirani, Diala Kachmar, Nadim Khoury, Marinelle Sarkis, Claudine Rizk, Hicham Jaber et Nagham Arnouk ont été sélectionnés pour leur grand enthousiasme à ce projet. «J’ai fait appel à de jeunes acteurs – diplômés de différentes écoles ou instituts de théâtre – chez qui j’ai senti une véritable envie de travailler, et le résultat a été très positif, indique Majdi Abou Matar. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes, comme s’ils n’attendaient que cette occasion pour cela, et j’ai senti que c’était aussi leur manière de me remercier de les avoir réunis, en premier lieu. Au Liban, nous n’avons pas le concept d’un travail de longue durée, en profondeur, avec une même équipe et un même metteur en scène. Depuis les années 60 et les expériences telles que celles de la troupe des hakawati ou de l’Atelier de théâtre de Beyrouth, qui ont apporté une pierre à l’édifice du théâtre libanais, plus rien ne s’est fait à ce niveau». Reconnaissant à Roger Assaf et à l’association Shams pour lui avoir offert la salle du TDB pour son premier atelier, il espère pouvoir toujours trouver, par la suite, un lieu d’accueil, l’espace de travail étant une condition sine qua non. Au Théâtre de Beyrouth, les quatorze acteurs ont travaillé pendant deux journées pleines. Dix-huit heures d’exercice en tout. «J’ai été très agréablement surpris par leur sérieux, leur discipline et leur ponctualité», affirme Abou Matar. Au programme, une heure de préparation et d’échauffement corporel avec le danseur Georges Khawand, puis quatre heures d’exercices scéniques suivies de quatre heures d’improvisations autour de thèmes bien définis. Diplômé de l’académie des beaux-arts de l’Université libanaise, Majdi Abou Matar a signé à ce jour la mise en scène de trois pièces. Il a aussi participé à plusieurs ateliers dont le plus important s’est déroulé il y a un mois, en Tunisie. «Je me suis inspiré à 90% de cette dernière expérience et, avec ma modeste expérience, j’ai pu préparer mon premier atelier à Beyrouth. Il faut aussi dire que le groupe m’a accordé sa confiance, ce qui est très important, et je l’en remercie. Sans cette confiance et sans l’amour qu’il y avait entre les acteurs, rien n’aurait été possible». Atelier permanent L’objectif de Majdi Abou Matar est donc de mettre sur rails un atelier permanent de théâtre qui, à long terme, mènerait à des performances de haute qualité. Des spectacles à l’âme jeune, qui s’adresseraient à un plus large public. «Nos jeunes diplômés en théâtre ont besoin d’un local permanent où ils peuvent se retrouver, et faire ce qu’ils ont envie de faire vraiment. En prenant tout leur temps, chose qu’on ne sait plus faire». Car plus une expérience mûrit, plus elle a des chances d’aboutir à un bon résultat. «Or nos metteurs en scène changent d’équipe d’acteurs à chaque nouvelle pièce qu’ils montent. De ce fait, il n’existe pas de troupes ayant leur particularité, leur style et leur public fidèle». Justement, un autre point que soulève Majdi Abou Matar : le public. «Ce sont toujours les mêmes – 500 à 1 000 personnes – qui vont au théâtre et qui font la tournée des trois ou quatre salles sérieuses de Beyrouth. Car en dehors de la capitale, il n’existe pas de théâtre, dit-il. Or, un public qui n’augmente ni ne diminue est voué à la mort. Nous allons droit vers un gros problème. D’ailleurs, de nos jours le billet de théâtre vaut autant, voire parfois moins qu’un ticket de cinéma. Cela ne s’est jamais vu nulle part ailleurs au monde. Personnellement, je voudrais essayer de sortir un peu de cet élitisme en traitant de sujets qui intéressent tout le monde». En temps normal, un acteur est rémunéré pour sa disponibilité, car il doit pouvoir vivre de son travail. Étant donné la situation actuelle du théâtre au Liban, qui est loin d’être idéale, Abou Matar n’a rien pu promettre à ses acteurs – dont la plupart travaillent à la télévision ou au théâtre – qui ont bien voulu sacrifier leur temps libre pour pouvoir participer à l’atelier. Créer un atelier permanent est un projet qui tient vraiment à cœur à Majdi Abou Matar, qui a assisté récemment, à Tunis, à la première rencontre pour la fondation d’un centre arabo-africain de création et de recherches théâtrales. Vingt-cinq spécialistes arabes et africains y participaient, dont Roger Assaf pour le Liban. Lancé à l’initiative du théâtre tunisien al-Hamra, dirigé par le metteur en scène Ezzeddine Gannoun, ce projet vise à repenser la formation de l’acteur dans le monde arabe et en Afrique et à développer le théâtre dans ces pays, afin qu’il puisse un jour rivaliser avec le théâtre européen et mondial. Dans le cadre de ce congrès, un atelier a également réuni 14 acteurs de différents pays, dont Majdi Abou Matar et Carole Abboud pour le Liban. «Nous avons participé à un atelier intensif de 15 jours qui nous a permis de découvrir les réalités et les expériences des autres pays». Et de souligner la distinction évidente de la Tunisie dont le théâtre est bien plus avancé et développé que dans les autres pays arabes et africains. «Ceci est dû au fait qu’en Tunisie, chaque acteur fait partie d’une troupe avec laquelle il travaille depuis de longues années. Résultat : le public tunisien est plus large. Il va au théâtre comme nous allons au cinéma et paye sa place de bon cœur. Bien sûr, cela ne s’est pas fait naturellement, c’est là le fruit d’un long combat mené par toute une génération de metteurs en scène, comme Ezzeddine Gannoun, Mohammed Idriss, Taoufik Jebali, etc.». À son retour de Tunisie, Majdi Abou Matar s’est empressé de mettre à profit la méthode de travail découverte en Tunisie. Et c’est le premier pas qui compte.
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