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Actualités - Chronologies

La boulimie du cinéphile enragé

Il avale cinq ou six films par jour, en oublie presque de manger et rédige des critiques pour un journal bosniaque sans même se faire payer. Au Festival de Cannes, Laurent Bécue-Renard est l’un des cinéphiles que l’on dit enragés. «Je fais provision de films, 50 ou 60 en dix jours», dit tranquillement l’ancien journaliste de 35 ans, devenu réalisateur de documentaire avec Vivre après - Paroles de femmes, récemment primé au Festival de Berlin. Les yeux rougis, le ventre creux, tout cinéphile cannois a ses manies, ses ruses : «J’ai vu des gens se cacher dans les toilettes du Palais des Festivals, ou se coucher entre les rangs de fauteuils, pour rester à une projection pour laquelle ils n’avaient pas d’invitation», confie une festivalière clandestine, au cœur du palais-bunker. L’an dernier, elle-même trouva refuge derrière une porte de WC, pour mieux se glisser dans la salle comble de Dancer in the Dark (futur Palme d’or du Danois Lars von Trier), quand les VIP invités enrageaient d’être refoulés. «Vous avez un bleu ?» insiste chaque jour un employé de banque aux abords du palais, sur le ton d’un dealer. «Le bleu, c’est l’invitation bleue, beaucoup mieux qu’un carton marron», explique François, quinquagénaire vêtu d’un tee-shirt Cahiers du cinéma, qui se décrit en «pro de la récup d’invit». De la poche de sa chemise, il laisse pendre un cordon, comme s’il avait une accréditation. Venu à Cannes sur ses congés payés, un employé d’EDF se qualifie de «cinéphile tout à fait ordinaire». «De loin, on a l’impression que le festival est inaccessible. En fait, on peut voir tout ce qu’on veut», dit ce Toulousain de 41 ans, en demandant toutes les deux minutes aux passants : «Auriez-vous une invitation ?» quand d’autres font la queue au stand «Forum» pour glaner des cartons. «L’autre jour, je me suis retrouvé assis à côté du jury. Je regardais Liv Ullmann délibérer avec Mathieu Kassovitz et Sandrine Kiberlain», dit-il, presque blasé. «Moi, je me limite à trois films par jour. Le quatrième, après, devient de la bouillie».
Il avale cinq ou six films par jour, en oublie presque de manger et rédige des critiques pour un journal bosniaque sans même se faire payer. Au Festival de Cannes, Laurent Bécue-Renard est l’un des cinéphiles que l’on dit enragés. «Je fais provision de films, 50 ou 60 en dix jours», dit tranquillement l’ancien journaliste de 35 ans, devenu réalisateur de documentaire avec Vivre après - Paroles de femmes, récemment primé au Festival de Berlin. Les yeux rougis, le ventre creux, tout cinéphile cannois a ses manies, ses ruses : «J’ai vu des gens se cacher dans les toilettes du Palais des Festivals, ou se coucher entre les rangs de fauteuils, pour rester à une projection pour laquelle ils n’avaient pas d’invitation», confie une festivalière clandestine, au cœur du palais-bunker. L’an dernier, elle-même trouva...