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Actualités - Chronologies

L’instant où tout Gaza s’est figé

À midi, les sirènes ont retenti et les rues de Gaza, envahies par des milliers de personnes brandissant des drapeaux palestiniens, se sont soudain figées. Pendant trois minutes, à Gaza comme dans les autres villes palestiniennes, les Palestiniens ont interrompu leurs activités et se sont immobilisés pour commémorer la Nakba, la «catastrophe» qu’a représenté pour le monde arabe la création de l’État d’Israël, il y a 53 ans. Quelque 90 % de la population de la bande de Gaza sont des réfugiés et leurs descendants jetés sur les routes de l’exil par la guerre israélo-arabe de 1948 qui avait suivi la proclamation de l’État d’Israël. Ces sirènes et ces minutes de silence rappellent la manière dont Israël rend hommage chaque année, pendant deux minutes, à la mémoire des six millions de juifs qui ont péri durant l’Holocauste, ainsi qu’à celle des soldats israéliens tués au combat. Une fois le recueillement fini, les manifestants se remettent en marche. «Nous survivrons», peut-on lire sur une banderole. Des enfants sont mêlés aux représentants de diverses associations professionnelles, de mouvements islamiques et d’étudiants. Au même moment, des cortèges emmènent jusqu’à leur dernière demeure les dépouilles de six des sept Palestiniens tués la veille par l’armée israélienne, parmi lesquels cinq policiers abattus près de Ramallah (Cisjordanie) dans des circonstances douteuses qui ont amené les Palestiniens à parler d’«assassinat». Dès la fin des trois minutes de silence, la radio et la télévision palestiniennes diffusent un discours de combat du président palestinien Yasser Arafat, au ton et aux propos fermes, comme l’exigent les circonstances. Le discours est répercuté par haut-parleurs sur les grandes places de Gaza et dans les camps de réfugiés de Khan Younès, Rafah, Jabalia et Deir el- Balah, où vivent depuis un demi-siècle une partie des réfugiés de 1948 et de leurs descendants. Ils sont, au total, plus de 3,7 millions dans les camps de la bande de Gaza, de Cisjordanie et des pays arabes voisins. Leur sort a été l’une des principales pommes de discorde des négociations israélo-palestiniennes. M. Arafat est cependant absent, car il a quitté Gaza pour l’Égypte mardi matin, après avoir enregistré l’allocution. «À la suite des accords d’Oslo (1993), nous avions cru que nos souffrances touchaient à leur fin, et puis nous voici revenus brusquement 53 ans en arrière», dit Majed Jaffarawi, un avocat. «Aucune armée ne saurait venir à bout de l’idéal d’un peuple. Dans un avenir plus ou moins proche, nous aurons notre liberté», ajoute-t-il. Soudain, des coups de feu claquent. De la morgue de l’hôpital al-Chifa s’ébranle un cortège funéraire. Deux des cinq policiers palestiniens tués dans la nuit de dimanche à lundi près de Ramallah vont être portés en terre. Des centaines de personnes suivent les dépouilles en scandant des slogans à la gloire des «martyrs». Certains ont choisi d’exprimer leur douleur par la peinture, comme ce groupe d’artistes occupé à mettre la dernière touche sur un mur de Gaza à une fresque représentant la guerre, la mort, l’exil, mais aussi l’espoir et la paix. «C’est un jour pénible et douloureux», dit Hoda Salha, une artiste de 27 ans dont les parents ont fui Jaffa, sur la Méditerranée, durant la guerre de 1948. Elle a peint une femme coiffée d’un voile dont les extrémités touchent le sol, à la manière des tentes qui ont abrité les réfugiés de son peuple. À l’entrée de cette tente, il y a un escabeau. Sur l’escabeau, les clefs d’une maison perdue. «Ils ont toujours l’espoir de retourner sur les terres qui leur ont été confisquées», dit-elle.
À midi, les sirènes ont retenti et les rues de Gaza, envahies par des milliers de personnes brandissant des drapeaux palestiniens, se sont soudain figées. Pendant trois minutes, à Gaza comme dans les autres villes palestiniennes, les Palestiniens ont interrompu leurs activités et se sont immobilisés pour commémorer la Nakba, la «catastrophe» qu’a représenté pour le monde arabe la création de l’État d’Israël, il y a 53 ans. Quelque 90 % de la population de la bande de Gaza sont des réfugiés et leurs descendants jetés sur les routes de l’exil par la guerre israélo-arabe de 1948 qui avait suivi la proclamation de l’État d’Israël. Ces sirènes et ces minutes de silence rappellent la manière dont Israël rend hommage chaque année, pendant deux minutes, à la mémoire des six millions de juifs qui ont péri...