Membre observateur à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Liban va être amené à choisir entre intégrer ou rester à l’écart du processus de libéralisation. L’adhésion du Liban à l’OMC est-elle une nécessité ou un choix ? Professeurs, économistes, juristes et politiques ont tenté de répondre à cette question les 11 et 12 mai, lors d’un colloque à l’USJ sur «l’adhésion du Liban et des pays arabes à l’OMC». Tous les intervenants s’accordent à dire que l’adhésion à l’OMC d’une économie de petite taille comme l’économie libanaise apparaît comme une nécessité vitale. L’intégration sera à court et à moyen terme douloureuse pour certains secteurs économiques, mais ne pas intégrer l’OMC serait fatal. La question, soulève Farid Raphaël, président de l’Association des banques, «n’est pas seulement de savoir si le Liban a intérêt à demeurer en dehors de l’OMC. Il convient également de s’interroger sur la manière dont le Liban va intégrer l’OMC, s’il décide de devenir membre». Quelles seront les conséquences d’une telle adhésion sur les secteurs économiques, surtout qu’elle va s’exprimer en termes de concurrence plus ardue ? Les entreprises qui n’ont pas les moyens financiers, techniques et organisationnels suffisants pour s’adapter vont disparaître. Pour être compétitives, elles devront, d’une part, proposer un bien ou un service au meilleur rapport qualité-prix et, d’autre part, comprimer leurs coûts. Dans le cadre de la mondialisation, ajoute Alexandre Chaiban, doyen de la faculté de sciences économiques de l’USJ, «les entreprises libanaises devront apprendre à vivre en réseaux. L’organisation en firmes réseaux est un moyen de survie parfaitement adapté à la réalité libanaise. Elle permettrait à des entreprises distinctes de mettre en commun leur compétence par des contrats de partenariat tendant à réduire les coûts d’obtention des ressources». Selon Joseph Gemayel, professseur à la faculté de sciences économiques de l’USJ, «une des conséquences de l’adhésion du Liban à l’OMC est la disparition des barrières douanières». Une réforme de la politique fiscale s’impose. Il faudra trouver, ajoute-t-il, un substitut aux droits de douane qui représentent actuellement plus ou moins 50 % des recettes publiques. Les autorités politiques ont décidé d’opter pour la TVA et un projet de loi est en préparation. Il prévoit une taxe de 10 %, avec certaines exonérations totales ou partielles, touchant indifféremment les produits locaux et importés. «Un ralentissement de la production locale est envisageable dans la mesure où les produits étrangers, jusqu’alors touchés par des droits de douane et donc plus chers que les produits fabriqués localement, se trouveront en concurrence avec les produits locaux». Irma Majdalani Habib, vice-doyen et chargée d’enseignement à la faculté de sciences économiques de l’USJ, propose trois axes de réformes. D’une part, une politique d’assainissement et de réformes est obligatoire». Le Liban doit s’engager fermement dans des politiques de stabilisation macroéconomique, de privatisation, de lutte contre la corruption, de modernisation de l’administration, des institutions politiques et juridiques». L’État doit faire preuve de transparence afin d’inspirer confiance à ses citoyens et aux investisseurs étrangers, ajoute-t-elle. Le Liban doit, d’autre part, développer des politiques structurelles, par exemple dans les secteurs du tourisme, de la banque ou des nouvelles technologies. «L’État doit libéraliser ces secteurs et non entraver leur développement par des coûts directs ou par une réglementation contraignante». Enfin, le Liban doit adopter des politiques de promotion du capital libanais, pour former un réservoir de main-d’œuvre qualifiée et moyennement qualifiée. «Il est prioritaire de promouvoir l’éducation et de réformer les normes sociales des plus pauvres, en les convaincant de la pertinence de l’investissement en éducation de leur enfant». À quoi, M. Gemayel ajoute l’adoption de normes de qualité, type Iso, et de standards pour permettre aux produits libanais de s’exporter, ainsi que la mise en place d’un cadre légal plus stable et prévisible pour le futur car les investisseurs ont besoin de stabilité.
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