«No Man’s Land», le premier long métrage du Bosniaque Danis Tanovic, a fait une forte impression vendredi sur la Croisette, par la force de son sujet mais aussi par la maîtrise de son traitement. L’action se situe en pleine guerre de Bosnie, en 1993. Deux soldats, l’un Serbe, l’autre Bosniaque, se retrouvent par la force des choses blessés et bloqués dans la même tranchée, en plein «no man’s land», c’est-à-dire entre les lignes de front serbe et bosniaque. Le Serbe, un bleu, était venu inspecter la tranchée avec un vétéran qui n’avait rien trouvé de mieux que de placer une mine bondissante sous le cadavre d’un Bosniaque. À l’issue d’un bref accrochage, le vétéran est abattu par le Bosniaque Ciki (Branko Djuric) qui blesse par ailleurs le bleu Nino (Rene Bitorajac). Il se trouve que le cadavre du Bosniaque n’en était pas un et le nommé Tzera (Filip Sovagovic), blessé lui aussi, se retrouve allongé au sol sur le dos, dans l’impossibilité de bouger, à cause de la mine. Dès lors, se développe une relation à la fois d’incompréhension et de collaboration forcée entre les trois hommes pour tenter de sortir de cette situation inextricable, que Tanovic, de double nationalité bosniaque et belge, parvient à traiter en mariant avec bonheur dramatisation et ironie. Ils font si bien que les deux camps décident de contacter la Forpronu pour lui laisser la responsabilité de déminer la situation, dans tous les sens du terme. L’inévitable équipe de télévision Mais c’est l’initiative personnelle d’un courageux sergent français de l’Onu (Georges Siatidis), qui force la main des plus hautes instances de la force d’intervention, et fait qu’un convoi s’achemine vers les lieux, accompagné d’une inévitable équipe de presse télévisée qui a eu vent de l’affaire en captant les communications militaires. No Man’s Land, en tant que premier long métrage concourt pour la palme d’or mais aussi pour la caméra d’or. Tanovic, 32 ans, n’est pas un débutant toutefois et il connaît bien son sujet. Ses études de cinéma à Sarajevo sont interrompues par la guerre, mais il est responsable des archives filmées de l’armée bosniaque durant les deux premières années du conflit. Il parfait ensuite sa formation à Bruxelles. Tanovic n’est pas tendre du tout pour les médias. Les journalistes sur place, dans leur frénésie de parvenir à tout prix les premiers sur les lieux et de recueillir les déclarations de n’importe qui, apparaissent bien plus antipathiques que les combattants eux-mêmes. Katrin Cartlidge, égérie de Mike Leigh, interprète une journaliste en première ligne, carriériste et opportuniste et sur laquelle pèsent de surcroît toutes les exigences de sa chaîne. C’est au moment où la Forpronu se décide à envoyer un démineur, qui d’ailleurs ne pourra rien faire, que No Man’s Land verse définitivement dans la tragédie et l’absurde, qui jusqu’alors se teintait d’humour parce que subsistait l’espoir, prend alors une tonalité malsaine. Le Bosniaque arrivera finalement à tuer le Serbe, et lui-même sera abattu par un Casque bleu. Plus encore que les circonstances, la presse sera devenue le catalyseur involontaire d’un front commun entre les deux hommes avant qu’ils n’en arrivent à l’inévitable
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «No Man’s Land», le premier long métrage du Bosniaque Danis Tanovic, a fait une forte impression vendredi sur la Croisette, par la force de son sujet mais aussi par la maîtrise de son traitement. L’action se situe en pleine guerre de Bosnie, en 1993. Deux soldats, l’un Serbe, l’autre Bosniaque, se retrouvent par la force des choses blessés et bloqués dans la même tranchée, en plein «no man’s land», c’est-à-dire entre les lignes de front serbe et bosniaque. Le Serbe, un bleu, était venu inspecter la tranchée avec un vétéran qui n’avait rien trouvé de mieux que de placer une mine bondissante sous le cadavre d’un Bosniaque. À l’issue d’un bref accrochage, le vétéran est abattu par le Bosniaque Ciki (Branko Djuric) qui blesse par ailleurs le bleu Nino (Rene Bitorajac). Il se trouve que le cadavre du...