À quelques semaines des départs vers les plages, un nouveau médicament agissant sur la sensation de satiété pour faire maigrir les obèses va faire son apparition sur le marché européen, promettant de connaître un formidable succès public et de faire un «carton» commercial. Même si le laboratoire allemand Knoll Pharmaceuticals qui l’a développée insiste sur le fait qu’elle est strictement réservée aux obèses et ne doit pas être utilisée pour perdre quelques rondeurs, la sibutramine – qui sera commercialisée en France le 21 mai sous le nom de Sibutral – fera probablement l’objet d’une demande bien plus large. Au départ, cette molécule avait montré des propriétés antidépressives, et c’est dans cette direction que les chercheurs planchaient. Jusqu’à ce qu’ils découvrent ses capacités «coupe-faim» et que le laboratoire décide de s’en servir contre l’obésité. Contrairement aux autres traitements actuellement disponibles, la sibutramine agit directement dans le cerveau, sur le système nerveux central, en bloquant l’action de deux neuro-transmetteurs, la sérotonine et la noradrénaline, ce qui a pour effet d’augmenter la sensation de satiété. Avantage supplémentaire, même les patients ayant déjà tenté de maigrir par d’autres moyens perdent du poids régulièrement, sans subir ni les résistances au produit ni l’effet «yo-yo» bien connu des adeptes des régimes. En raison de son mode d’action particulier – et donc de son possible retentissement sur la santé des patients – la sibutramine a fait l’objet de plusieurs études de grande ampleur qui, toutes, concluent à son innocuité et à son efficacité. La prise de sibutramine, à raison d’une pilule de 10 milligrammes par jour, permet aux obèses – qui doivent cependant suivre un régime alimentaire à basses calories – de perdre environ 5 % de leur poids en six mois, et jusqu’à 10 % pour les mieux disposés. Une étude internationale coordonnée par le Pr Philip James, du Rowett Research Intitute d’Aberdeen, et publiée en décembre dernier dans la revue The Lancet montre ainsi que, dix-huit mois après le début de l’essai, 43 % des patients maintiennent au moins 80 % de la perte de poids obtenue en six mois. Plus d’un quart, 27 % exactement, ont conservé leur nouveau poids, et 46 % des obèses, qui avaient perdu 10 % de leur poids en six mois, n’avaient pas fait remonter l’aiguille de la balance dix-huit mois plus tard. Ces résultats confirment ceux d’une seconde étude internationale publiée en 1999 dans l’American Journal of Medicine. Au chapitre innocuité, une étude a montré que la prise de sibutramine n’augmente pas le risque de valvulopathies, des atteintes des valves du cœur qui avaient entraîné, en septembre 1999, l’interdiction définitive par l’AFSSAPS, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, de «coupe-faim» agissant, eux aussi, sur le contrôle de la production de sérotonine. Comme ce nouveau médicament augmente légèrement la pression artérielle, il est déconseillé au personnes atteintes d’hypertension. En revanche, il présente l’avantage de faire baisser les triglicérides et d’augmenter le bon cholestérol. Selon le laboratoire, bouche sèche, maux de tête et constipation sont les effets secondaires les plus fréquents de la sibutramine. Sans oublier la perte d’appétit qui, dans ce cas, constitue plutôt un «plus».
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