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Actualités - Biographies

Bilan de quatorze ans à la tête de l’État

François Mitterrand, dont la France commémorait hier les vingt ans de l’accession à l’Élysée, a instauré en France une social-démocratie compatible avec la construction européenne. Arrivé au pouvoir dans la liesse le 10 mai 1981, premier président socialiste après trois chefs d’État de droite, Mitterrand a laissé un bilan politique marqué par un programme social d’ampleur et plusieurs grandes réformes de société. Mais ses quatorze années de mandat – deux septennats consécutifs – resteront dans les mémoires comme celles de l’explosion du chômage et, parallèlement, de la conversion de la gauche au réalisme économique, à la rigueur. Si, entre 1981 et 1995, la gauche a échoué sur l’emploi, elle a réussi à terrasser l’inflation et préparé l’économie française à la participation à la monnaie unique européenne, en la soumettant à ses critères très contraignants. Pour ses partisans, Mitterrand a «ramené la gauche dans la réalité». Les premiers mois sont consacrés à la réalisation des promesses. «Je suis particulièrement fier d’avoir accompli les grandes réformes sociales et politiques : cinquième semaine de congés payés, retraite à 60 ans, revalorisation des minima sociaux, décentralisation, abolition de la peine de mort... que le peuple attendait», a raconté Pierre Mauroy, qui fut de 1981 à 1984, le premier Premier ministre de Mitterrand. Le premier mandat de Mitterrand commence par une réforme symbole : l’abolition de la peine de mort, voulue par le président et portée par le ministre de la Justice Robert Badinter, contre l’opinion dominante des Français. Dès l’automne, la gauche nationalise à tour de bras, en dépit de l’opposition des milieux d’affaires et des partenaires étrangers, préoccupés par ce programme économique et par la participation de quatre ministres communistes au gouvernement. À l’époque, le Parti communiste reste extrêmement proche de Moscou. Cinq grands groupes industriels passent sous la coupe de l’État, ainsi que 36 banques et les compagnies financières Paribas et Suez. La droite reviendra sur ces nationalisations en 1986 et privatisera malgré l’opposition du président Mitterrand. La gauche, revenue au pouvoir en 1988 grâce à la réélection de François Mitterrand, ne renationalisera pas. Au contraire, elle élargira l’éventail des privatisations. La gauche crée aussi un impôt sur les grandes fortunes, institue la cinquième semaine de congés payés annuelle, la retraite à 60 ans et réduit la durée hebdomadaire du travail à 39 heures, contre 40 auparavant. Le temps de travail passera à 35 heures en 1997, sous la houlette du Premier ministre socialiste Lionel Jospin. Les grandes réformes sociales sont mises en œuvre pendant le premier septennat. Après 1988, les socialistes revenus au pouvoir, après deux ans de «cohabitation» de François Mitterrand avec un gouvernement de droite, inventeront tout de même le Revenu minimum d’insertion (RMI), allocation pour les plus démunis. Au fil des ans, il est vrai, la gauche et Mitterrand doivent adoucir leur socialisme pour finalement se convertir à la rigueur économique. Le mouvement s’effectuera sous l’influence de Jacques Delors, ministre des Finances dès 1981 avant de devenir président de la Commission européenne, puis de Pierre Bérégovoy, ministre des Finances puis Premier ministre. «La France a épousé son temps», se félicite Jacques Delors en 1983, au tournant de la rigueur. Couronnement de cette politique, la France accepte en 1992 les critères monétaires et budgétaires très contraignants du traité européen de Maastricht, qui conduiront en 1999 à la création de l’euro. Mitterrand et le chancelier allemand Helmut Kohl en seront les principaux parrains. Si François Mitterrand a été élu à deux reprises en 1981 et 1988, la gauche a perdu deux fois les élections législatives en 1986 et en 1993, imposant au président socialiste des «cohabitations» avec deux Premiers ministres de droite, Jacques Chirac, puis Édouard Balladur. Au fil du temps, le romantisme de 1981 laissera aussi place à la face cachée de l’héritage mitterrandien : les affaires financières et judiciaires, dans lesquelles plusieurs proches seront impliqués.
François Mitterrand, dont la France commémorait hier les vingt ans de l’accession à l’Élysée, a instauré en France une social-démocratie compatible avec la construction européenne. Arrivé au pouvoir dans la liesse le 10 mai 1981, premier président socialiste après trois chefs d’État de droite, Mitterrand a laissé un bilan politique marqué par un programme social d’ampleur et plusieurs grandes réformes de société. Mais ses quatorze années de mandat – deux septennats consécutifs – resteront dans les mémoires comme celles de l’explosion du chômage et, parallèlement, de la conversion de la gauche au réalisme économique, à la rigueur. Si, entre 1981 et 1995, la gauche a échoué sur l’emploi, elle a réussi à terrasser l’inflation et préparé l’économie française à la participation à la...