Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Festival de Locarno a plus d’ancienneté que celui de Cannes, et si le comble du chic a été longtemps de fréquenter plutôt celui de Venise, comme aujourd’hui le summum de la pose consiste à se rendre à celui de Ouagadougou, le tropisme qui conduit au mois de mai vers la Côte d’Azur tous les professionnels du cinéma devient apparemment plus irrésistible d’année en année. C’est qu’à la différence d’autres grands festivals qui ont pratiqué la méthode des essais et des erreurs en modifiant parfois maladroitement leur formule, Cannes a su maintenir le cap avec une assurance olympienne. Et nul ne semble regretter que luxe et paillettes y perdurent même si, pour le plaisir de faire des bouts-rimés, on peut dire que, depuis belle lurette, les starlettes ne la ramènent plus sur la Croisette ! Ceux qui ont connu le festival au début des années 70 regrettent néanmoins qu’il ait, depuis, succombé à la tentation du gigantisme. Trop de films, trop de pression, une couverture médiatique presque déraisonnable et des attachés de presse qui prennent des allures de dogues pour exercer leur droit de veto face aux assauts des journalistes. Elle est loin l’époque où l’on pouvait bavarder avec qui on voulait : par exemple Groucho Marx – mais oui ! chaperonné par sa secrétaire, Otto Preminger, Federico Fellini et tant d’autres. L’époque où, peu méfiants, les concierges du Carlton vous communiquaient le numéro de chambre de tel immense réalisateur, lequel décrochait lui-même son téléphone et, sans faire de façons, acceptait sur-le-champ de vous accorder une interview. Puis vous recevait sans chaussures, assis en tailleur sur son canapé ! On ne mesurait pas alors sa chance ! Inutile d’espérer retrouver un jour sur la Croisette une telle bonhomie. C’est à une manifestation qui présente de toutes autres dimensions et dont les enjeux économiques sont incomparablement plus puissants que s’est intéressé le Département des études et de la prospective du ministère français de la Culture. À l’occasion de sa 54e édition paraît un ouvrage collectif commandité rue de Valais et intitulé «Aux marches du Palais». Anthropologues et sociologues s’y interrogent sur l’identité, ou plutôt les multiples identités, des spectateurs qu’on y rencontre, ainsi que sur leurs motivations et leurs choix, pour le moins disparates. Ce public qui va donner un sens à «l’objet cinématographique», et dont le comportement a fait l’objet d’une enquête de terrain lors des deux derniers festivals, relève de quatre catégories différentes : celles des professionnels, du protocole, des institutionnels et des médias, et une dernière qu’on pourrait décrire comme celle des «électrons libres» qui négocient au coup par coup la possibilité de gravir les célèbres marches.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Festival de Locarno a plus d’ancienneté que celui de Cannes, et si le comble du chic a été longtemps de fréquenter plutôt celui de Venise, comme aujourd’hui le summum de la pose consiste à se rendre à celui de Ouagadougou, le tropisme qui conduit au mois de mai vers la Côte d’Azur tous les professionnels du cinéma devient apparemment plus irrésistible d’année en année. C’est qu’à la différence d’autres grands festivals qui ont pratiqué la méthode des essais et des erreurs en modifiant parfois maladroitement leur formule, Cannes a su maintenir le cap avec une assurance olympienne. Et nul ne semble regretter que luxe et paillettes y perdurent même si, pour le plaisir de faire des bouts-rimés, on peut dire que, depuis belle lurette, les starlettes ne la ramènent plus sur...