Avec une bonne moitié de débutants sur 21 longs métrages, la Quinzaine des réalisateurs, la section parallèle du Festival de Cannes qui a contribué à révéler des cinéastes comme Wim Wenders, Stephen Frears, Martin Scorsese, André Téchiné ou Nagisa Oshima, prend un sérieux coup de jeune. Marie-Pierre Macia, aux commandes pour la troisième année de cette section «off», entend ainsi conforter son «rôle traditionnel de tête chercheuse de talents qui se retrouveront sûrement un jour ou l’autre en compétition». «C’est à la fois un hasard et un choix, dit-elle dans une interview à l’AFP. À qualité égale ou semblable, je préfère prendre un premier film plutôt qu’un nom connu ou reconnu». Des États-Unis, avec deux premiers films d’acteurs, à la Nouvelle-Zélande, en passant pour la première fois par l’Albanie, la 33e Quinzaine, qui se tient du 10 au 20 mai, offre un tour du monde avec escales en Asie, en Tunisie, en Palestine, en Italie, avec un retour marqué en Russie. De la misère à Moscou aux couloirs de la mort américains, le ton s’annonce «austère et grave», reconnaît Mme Macia. «Parmi les fils conducteurs, il y a des films politiques comme l’italien “I nostri anni” ou “Made in the USA”, un documentaire à la fois social et politique sur la peine de mort réalisé par Solveig Anspach, révélée par “Haut les cœurs”». «Un thème récurrent est le rapport parents/enfants, ainsi que la solitude, la vieillesse. Ce sont des thèmes assez sérieux mais pas forcément tristes», rassure la déléguée générale, comme Pauline et Paulette de Lieven Debrauwer, «Le regard tendre d’un jeune Belge de 27 ans sur des vieilles dames dont la moyenne d’âge est de 75 ans». Deux très bonnes surprises Martha... Martha de Sandrine Veysset, découverte dans cette section avec Y aura-t-il de la neige à Noël, lève le rideau le 10 mai au Noga-Hilton, le quartier général de la Quinzaine, à quelques encablures du «Bunker», le Palais du Festival. «C’est l’un des films les plus bouleversants de la sélection», selon Marie-Pierre Macia. La Quinzaine se conclura sur une note plus légère avec Queenie in Love du cinéaste d’origine israélienne Amos Kollek. Des États-Unis, où Marie-Pierre Macia s’est longtemps occupée du Festival de San Francisco, viennent trois œuvres dont deux films d’acteurs, tous deux mariés à des actrices. «Deux très bonnes surprises», dit-elle. Ethan Hawke, le mari d’Uma Thurman, a planté sa caméra au mythique Chelsea Hotel où l’on retrouvera outre Uma, Kris Kristofferson, Christopher Walken, etc. Quant à Big Bad Love de Arliss Howard, avec Rosanna Arquette et Angie Dickinson, il a été produit par sa femme Debra Winger. L’Asie est encore cette année la région «la plus dynamique», avec quatre films, dont L’orphelin d’Anyang du Chinois Wang Chao. «La cassette est arrivée de manière un peu rocambolesque. Je l’ai mise dans mon magnétoscope à 2h du matin, après une journée à visionner entre 20 et 30 films, et elle m’a tenue en éveil dès la première image...» Un de ses «plus grands plaisirs» a été de sentir un «frémissement venu des pays de l’Est où, depuis la chute du communisme, les structures étatiques qui aidaient les cinéastes se sont complètement écroulées». Outre Slogans de Gjergj Xhuvani venu d’Albanie, la Quinzaine présente un premier film roumain, de Cristi Puiu, et Mesto na zemle (Un endroit sur terre), le deuxième film d’Arthur Aristakisjan (Russie), «très en marge de tous les systèmes de production. Il vit avec les gens qu’ils filment, c’est-à-dire les miséreux de Moscou». Parmi les autres découvertes après visionnage de 1 500 films, dont 800 longs métrages, Marie-Pierre Macia cite Ce vieux rêve qui bouge d’Alain Guiraudie, qui a reçu mercredi soir à Paris le prix Jean Vigo.
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