Pas grand-chose n’a filtré des entretiens qu’a eus Rafic Hariri à Washington avec le directeur général du Fonds monétaire international Horst Koehler. Pas davantage d’informations n’avaient été données à la suite des précédentes rencontres du ministre de l’Économie Bassel Fleyhane avec des responsables du FMI. Cette absence de transparence suscite de nombreuses questions. De quoi a donc discuté le Premier ministre ? A-t-il simplement cherché à obtenir la caution morale du FMI pour accéder à des prêts à des taux d’intérêt favorables sur les marchés financiers ? Ou bien a-t-il engagé des discussions avec l’institution internationale pour une intervention éventuelle du FMI au Liban ? Ce genre d’intervention se traduirait par la souscription du Liban à un programme d’ajustement structurel qui constitue une sorte de thérapie de choc qu’aucun pays ne souhaite, à moins d’avoir épuisé toutes les autres voies. «Je ne pense pas que le Liban soit disposé à une telle option pour l’instant, d’autant que l’aide proposée en échange de ce plan très lourd est relativement faible. On parle d’un montant de deux à trois milliards de dollars seulement», dit Freddie Baz, conseiller du président de la Banque Audi. La question qui se pose est de savoir si Beyrouth a réellement les moyens de se passer des services du FMI et de trouver seul la voie du réajustement structurel. De l’avis de plusieurs économistes, la livre libanaise est menacée. La Banque du Liban défend bec et ongles la monnaie dans une fourchette de 1 501 à 1 514 livres pour un dollar, car une dévaluation serait catastrophique pour l’économie libanaise, déjà en récession, sans compter des conséquences sociales particulièrement douloureuses. Mais bien que ses réserves aient été renflouées par des dépôts effectués par des pays du Golfe pour un montant total supérieur à un milliard de dollars, la capacité de résistance de la Banque centrale est limitée. Techniquement, les conditions d’une dévaluation sont réunies. L’ampleur et l’accumulation des déséquilibres sont telles dans le pays, que le taux de change actuel ne reflète plus la réalité de la situation économique et financière. Cela ne signifie pas que la dévaluation est inéluctable. Elle a besoin d’un déclencheur. Il s’agit soit d’une décision politique qui semble pour l’instant exclue, soit d’un mouvement massif sur le marché provoqué par un choc extérieur. «On peut imaginer que le raid israélien sur Dahr el-Beidar aurait pu provoquer ce choc s’il s’était produit la veille d’un jour ouvrable par exemple», dit un économiste. Concrètement, les petits épargnants ayant disparu dans un Liban paupérisé et les gros épargnants détenant très majoritairement des positions en dollars, une demande massive de dollars pourraient provenir des épargnants moyens. Ceux qui ont placé leur épargne en livres libanaises parce qu’ils ont besoin des intérêts perçus pour boucler leurs fins de mois, ajoute-t-il. Rafic Hariri, qui a personnellement battu le rappel de ses amis du Golfe pour qu’ils soutiennent la politique monétaire de la Banque centrale, cherche par tous les moyens à éviter ce scénario. Avec une dette de 25 milliards de dollars, qui représente 145 % du Produit intérieur brut et un déficit budgétaire supérieur à 50 % des dépenses, sa marge de manœuvre est très étroite. C’est donc une course contre la montre dans laquelle est engagé le gouvernement. L’objectif est de gagner un peu de temps pour que les réformes entreprises commencent à produire leurs effets et surtout pour lancer le processus de privatisations. Ce dont a besoin le chef du gouvernement, c’est de renverser la tendance récessioniste, de créer un point d’inflexion. Et c’est à Washington qu’il est allé chercher ce ballon d’oxygène. Les États-Unis ne semblent pas avoir à offrir au Liban des espèces sonnantes et trébuchantes si ce n’est une vingtaine de millions de dollars destinés à des associations non gouvernementales locales. Mais en réaffirmant son attachement à un Liban économiquement fort dans la région, le président américain a donné un appui politique important au gouvernement. «Les États-Unis ont clairement manifesté leur volonté de voir le Liban conserver sa place économique dans la région. À moyen terme, ce type de soutien peut avoir un rendement beaucoup plus élevé qu’une aide concrète quelconque immédiate», commente M. Baz. L’objectif est de créer un climat favorable aux investissements, c’est pourquoi la visite américaine a été l’occasion de plusieurs réunions avec des hommes d’affaires. En ce qui concerne l’octroi de prêts subventionnés pour aider au redressement financier d’un pays, Washington a depuis longtemps délégué ce type d’intervention au FMI, explique l’économiste Charbel Nahas. Le problème, c’est que le FMI n’agit pas sur mesure, poursuit-il. Ses modalités d’engagement sont étroitement codifiées et ses méthodes sont lourdes.
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