Les indépendantistes ont appelé lundi à des négociations à la suite de la prise d’otages d’Istanbul, mais ce genre d’opération – la seconde en moins de six semaines – conforte au contraire Moscou dans sa ligne dure contre la république rebelle. Le Premier ministre russe Mikhaïl Kassianov a aussitôt utilisé cette prise d’otages pour justifier la politique menée par Moscou sur la question tchétchène. «La politique de la Russie est correcte (...) Nous devons tous conjuguer nos efforts pour lutter contre le terrorisme. L’Europe et le monde entier doivent se rendre compte que le terrorisme n’épargnera personne et que sa propagation doit être empêchée», a déclaré M. Kassianov à Hanovre, où il se trouve en visite, cité par Itar-Tass. Le ministère russe des Affaires étrangères a appelé de son côté Ankara à punir les auteurs pro-tchétchènes de la prise d’otages et à respecter ses engagements internationaux concernant la lutte contre le terrorisme pour «éviter une répétition de tels événements». Dans ces conditions, l’appel du président indépendantiste, Aslan Maskhadov, à des négociations a peu de chances d’être entendu. «Tant qu’il n’y aura pas de règlement du problème de la Tchétchénie, conforme aux normes du droit international et avec la participation directe des institutions internationales, il sera impossible de garantir que de tels actes ne se répéteront pas», a souligné le service de presse de la présidence indépendantiste. Il s’agit du deuxième incident de ce genre en moins de six semaines, après le détournement d’un avion, le 15 mars, d’une compagnie russe par trois pirates de l’air tchétchènes. Moscou ne reconnaît plus la légitimité du président Maskhadov et exclut officiellement toute négociation avec lui, bien que la situation soit loin d’être normalisée dans la république indépendantiste, 18 mois après le début de l’intervention fédérale. Ce genre d’incident «fait le jeu de Moscou car il permet de justifier sa lutte antiterroriste et la dureté de sa politique envers la république tchétchène», a déclaré Alexeï Malachenko, un expert de la branche russe de la fondation Carnegie. Face aux critiques occidentales qui s’inquiètent des violations des droits de l’homme, les Russes justifient leur «opération antiterroriste» en Tchétchénie par le fait que la république indépendantiste est devenue, selon eux, un foyer du terrorisme international. Des sources russes non identifiées, citées par Interfax, ont accusé les États-Unis d’avoir fait échouer vendredi une résolution de compromis, entraînant la condamnation de la Russie par la Commission des droits de l’homme de l’Onu. Ces sources russes ont également accusé les États-Unis d’avoir reçu le mois dernier à Washington un représentant indépendantiste tchétchène. Moscou considère «la prise d’otages à Istanbul et les dernières prises de position américaines sur la question tchétchène comme les maillons d’une même chaîne», ont déclaré ces sources à l’agence Interfax. «De telles actions inspirent malheureusement les terroristes tchétchènes et leurs chefs», ont ajouté ces sources. Les experts ne croient pas pour l’instant à une multiplication des prises d’otages pour obliger Moscou à négocier. «Maskhadov qui est un ancien officier soviétique ne croit pas à l’efficacité du terrorisme. Mais si l’offensive qu’il prépare échoue ou s’il est tué, de vrais groupes terroristes pourraient se former», prévient cependant l’expert militaire russe Pavel Felgenhauer.
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