Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologies

Les Européens irrités, - mais avides de coopération

Les desseins unilatéraux prêtés au président George W. Bush sur la scène internationale irritent certains Européens, mais diplomates et experts veulent encore croire que le principe de coopération transatlantique s’imposera pour traiter des grands dossiers internationaux. Le sujet de discorde qui a valu à M. Bush les condamnations européennes les plus stridentes a été son rejet d’un accord international censé aider au contrôle des émissions de gaz polluants dans le monde – le protocole de Kyoto. Mais d’autres dossiers peuvent devenir autant de tests pour le dialogue transatlantique : le projet américain de système antibalistique, la mise en œuvre d’une défense européenne, les Balkans ou les relations avec Moscou. Face à cet agenda bien rempli, la presse européenne s’est inquiétée du peu de subtilité du président Bush, considéré comme un Texan dont la connaissance du monde est limitée. En Allemagne, le Tageszeitung l’a surnommé le «cowboy ricanant». En France, une émission TV de satire politique le décrit comme un ignare incapable de compter jusqu’à trois. Et en Grande-Bretagne, le Guardian et le Times s’accordent pour penser qu’il n’est pas à sa place. Dans un commentaire plus élaboré, le quotidien espagnol El Pais exprime la crainte qui prend corps en Europe d’un «cavalier seul» américain sur les grands dossiers internationaux : «(...) Son gouvernement va être aussi radicalement conservateur et unilatéral avec ses amis et ses ennemis que le craignaient ceux qui pensaient le pire», écrit-il. À Paris, le Premier ministre Lionel Jospin s’est emparé de cette même idée au début du mois d’avril, opposant l’«unilatéralisme» de M. Bush à une autre tendance américaine que redoutent les Européens, «l’isolationnisme». Pour les diplomates et les analystes à Paris le tableau n’est toutefois pas aussi sombre. «Toutes les cartes n’ont pas encore été jouées», a expliqué Hall Gardner, professeur de relations internationales à l’American University de Paris : «Ils sont encore en train de passer en revue tous les problèmes, et la balance peut pencher dans un sens comme dans un autre». Un sentiment partagé par un spécialiste des États-Unis à l’Institut français des relations internationales, Guillaume Parmentier, qui souligne que ce processus de révision est retardé par la lenteur des nominations des responsables de l’Administration Bush. «C’est un vrai problème», a-t-il assuré en estimant à moins de 10 % le nombre des fonctions confirmées. Pour autant, les gouvernements européens ont voulu voir dans les premiers signaux lancés par l’équipe Bush sur une série de dossiers des indices encourageants de leur volonté de concertation. Ainsi les États-Unis ont assoupli leur position sur la constitution d’un corps de 60 000 soldats européens qui pourrait agir sans que l’Otan le décide, et la volonté d’associer les Européens au bouclier antimissile a été salué par Londres et Berlin, alors que Paris patiente avant de juger. Mais, souligne M. Parmentier, pour M. Bush la gestion des humeurs des Européens sur ces sujets ou sur les relations avec Moscou s’intègre dans un contexte où des contingences domestiques ont la priorité. Le président Bush, assure-t-il, a une doctrine : «Pas d’ennemis à droite» et il explique que le locataire de la Maison-Blanche doit tout faire pour conserver la cohésion de son propre camp politique. Or sur la défense, l’engagement des troupes américaines à l’étranger ou la prééminence de l’Otan, il «doit donner des gages» à des membres puissants de sa majorité et aux ailes conservatrices de son Administration. Face à cette réalité, l’Europe doit aider le président Bush à présenter à ses amis politiques la coopération comme une solution plus avantageuse que «l’unilatéralisme» : «Pour que l’Europe puisse se faire entendre, assure le Pr Gardner, il faut que la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne présentent un front uni, sinon personne ne les écoutera».
Les desseins unilatéraux prêtés au président George W. Bush sur la scène internationale irritent certains Européens, mais diplomates et experts veulent encore croire que le principe de coopération transatlantique s’imposera pour traiter des grands dossiers internationaux. Le sujet de discorde qui a valu à M. Bush les condamnations européennes les plus stridentes a été son rejet d’un accord international censé aider au contrôle des émissions de gaz polluants dans le monde – le protocole de Kyoto. Mais d’autres dossiers peuvent devenir autant de tests pour le dialogue transatlantique : le projet américain de système antibalistique, la mise en œuvre d’une défense européenne, les Balkans ou les relations avec Moscou. Face à cet agenda bien rempli, la presse européenne s’est inquiétée du peu de subtilité du...