Directement visé par des raids israéliens, parti les mains vides d’un sommet arabe décevant et sommé par le président américain George W. Bush de lutter contre la violence, le président palestinien Yasser Arafat était vendredi sur la défensive au terme d’une semaine noire. «Arafat est confronté à une crise», a déclaré un analyste palestinien, Zacharia al-Qaq, codirecteur du Centre israélo-palestinien pour la recherche et l’information. De tous ces développements, le plus inquiétant pour M. Arafat est sans conteste la nouvelle attitude de l’Administration américaine, qui a pris parti sans nuance pour Israël. Mardi soir, les États-Unis ont exercé leur droit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu pour empêcher l’envoi d’une force internationale dans les Territoires. Le message était particulièrement fort, puisque les États-Unis ont eu recours à ce veto, leur premier en quatre ans, pendant le sommet d’Amman, au risque de mécontenter les pays arabes dont ils ont besoin pour renforcer l’isolement de l’Irak, leur objectif prioritaire dans la région. M. Bush a encore enfoncé le clou jeudi en mettant M. Arafat en demeure de faire cesser la vague de violences. Une manière très claire de le rendre responsable de la crise actuelle. «Le message que j’envoie aux Palestiniens est d’arrêter la violence. Je ne peux pas être plus clair et j’espère que le président Arafat l’entend clairement», avait lancé M. Bush lors d’une conférence de presse. Le secrétaire d’État, Colin Powell, a ensuite transmis ce message par téléphone à M. Arafat, avant que le secrétaire d’État adjoint au Proche-Orient, Edward Walker, critique encore plus durement M. Arafat. Ce virage constitue «un signal d’alarme pour Arafat et l’Autorité palestinienne» et annonce «des temps très difficiles» pour eux, a estimé M. al-Qaq. «Cette Administration dit à Arafat des choses auxquelles il ne s’attendait pas de sa part», a-t-il poursuivi. L’offensive diplomatique de M. Sharon, qui accuse systématiquement M. Arafat d’être responsable de l’actuelle vague d’attentats et ne perd pas une occasion de le traiter de «dirigeant terroriste», semble donc avoir porté ses fruits à Washington, où il a effectué une visite la semaine dernière. L’exaspération croissante que traduisent les remarques de M. Bush expliquent pourquoi M. Arafat n’a toujours pas reçu d’invitation à se rendre à la Maison-Blanche, dont il était l’hôte le plus fréquent du temps de l’ex-président Bill Clinton. Malgré le ton nouveau en provenance de Washington, le président palestinien ne semble cependant pas prêt à changer de politique, et notamment de «dénoncer publiquement et fermement la violence et le terrorisme», comme l’a demandé M. Bush. Avant même cette déclaration de M. Bush, M. Arafat avait, en effet, averti que l’intifada continuerait, malgré les frappes militaires israéliennes de mercredi à Gaza et Ramallah. «C’est une sorte de fuite en avant», a commenté une personnalité palestinienne qui a requis l’anonymat à propos de cette stratégie de M. Arafat. «Ce n’est pas une solution, car le rapport de forces est maintenant différent» qu’au début de l’intifada, il y a plus de six mois, a-t-il déclaré. Il souligne notamment que «la participation des Palestiniens (à l’intifada) est minime» comparé à la première intifada, celle des années 1987 à 1993, y voyant une preuve que l’Autorité palestinienne et M. Arafat sont de plus en plus isolés et coupés de la population. Cette gifle américaine est venue s’ajouter à la déception qu’a constitué pour M. Arafat le sommet arabe d’Amman, «un échec» du point de vue des Palestiniens, selon M. al-Qaq. M. Arafat «a eu de belles paroles», mais pas de soutien concret, notamment financier, estime l’analyste. Pendant ce temps, M. Sharon, mettant fin à sa politique de retenue, s’en prenait directement, mercredi soir, à la Force 17, la garde présidentielle de M. Arafat, évitant ainsi une condamnation de l’opinion internationale en optant pour des raids très ciblés et d’ampleur limitée.
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