Laongo est écrasé de chaleur. Le vent du Sahel y soulève des tourbillons de poussière. Pendant un mois, ce petit village burkinabè ordinaire a vécu au rythme et au bruit des «forçats du granit». À l’est de Ouagadougou, le village a accueilli une cinquantaine de sculpteurs de toutes nationalités qui ont buriné, scié, meulé, taillé des œuvres en pleine nature sur d’énormes blocs brillants de granit gris-blanc, parfois hauts de 10 mètres, à quelques centaines de mètres du village. Pour ce «Cinquième symposium international sur le granit», des artistes canadiens, français, américains, belges, italiens et africains se sont retrouvés à Laongo du 16 février au 17 mars. «Chacun vient et apporte ce qu’il sent, ce qu’il y a de plus profond en lui et laisse une partie de sa culture», explique à l’AFP Siriki Ky, un sculpteur burkinabè à l’origine de cette rencontre. Les artistes sont repartis gavés de poussière et tannés par le soleil, mais leurs œuvres restent gravées dans la nature, sur les roches de Laongo. Ici, un visage candide de déesse, ailleurs une fresque ésotérique difficilement compréhensible. Daniel Couvreur, un sculpteur canadien, était arrivé armé de disques de diamant, de marteaux piqueurs et autre forets. Derrière lui, il laisse un bas-relief de cinq mètres de haut sur une paroi. Un visage de femme. «J’ai réalisé une œuvre similaire à celles que j’avais faites aux symposiums de Taïwan et en Mauritanie, de façon à ce qu’il y ait un lien, une continuité artistique entre elles», explique-t-il. Chapeau sur le crâne, le torse nu luisant de sueur, un artiste italien s’acharne sur un bloc millénaire. À ses pieds, une bouteille de whisky à même le sol. «C’est là-dedans que je trouve mon inspiration. Et puis, avec ça je ne sens plus le soleil, et j’attaque le granit», dit-il. Il y a huit ans, quand Siriki a créé ce rendez-vous de Laongo qui se tient tous les deux ans, les villageois avaient pris «ces Blancs qui viennent casser des cailloux pour des fous», selon l’expression d’un habitant. «Je te jure, j’ai fait les grands yeux», se rappelle l’un d’eux. Les choses ont bien changé aujourd’hui. À Laongo, qui ne comptait il y a quelques années que des cases rondes en latérite, il y a aujourd’hui quelques bâtiments en dur, une école, une infirmerie et un dispensaire, qui ont été financés par des touristes généreux, une ONG et la coopération française. Les villageois ont compris qu’ils tenaient là une manne inespérée. Il faut désormais payer 200 FCFA (2 francs français) pour visiter le musée à ciel ouvert de Laongo, grand comme un terrain de football et aujourd’hui entouré d’un muret. Laongo a attiré plus de 5 000 visiteurs en l’an 2000, précise le directeur du patrimoine national du Burkina, Oumarou Nao, qui rêve de faire du village le «centre de la sculpture contemporaine en Afrique».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Laongo est écrasé de chaleur. Le vent du Sahel y soulève des tourbillons de poussière. Pendant un mois, ce petit village burkinabè ordinaire a vécu au rythme et au bruit des «forçats du granit». À l’est de Ouagadougou, le village a accueilli une cinquantaine de sculpteurs de toutes nationalités qui ont buriné, scié, meulé, taillé des œuvres en pleine nature sur d’énormes blocs brillants de granit gris-blanc, parfois hauts de 10 mètres, à quelques centaines de mètres du village. Pour ce «Cinquième symposium international sur le granit», des artistes canadiens, français, américains, belges, italiens et africains se sont retrouvés à Laongo du 16 février au 17 mars. «Chacun vient et apporte ce qu’il sent, ce qu’il y a de plus profond en lui et laisse une partie de sa culture», explique à l’AFP Siriki...