Les responsables de l’Otan veulent éviter d’intervenir en Macédoine, mais des unités de l’Alliance y sont particulièrement exposées et le moindre incident peut les piéger dans un conflit incertain, soulignaient samedi des sources occidentales. Depuis une semaine, des rebelles albanophones et des unités de l’armée macédonienne s’affrontent dans le nord-ouest de la Macédoine, près de la frontière avec le Kosovo, dans un face-à-face qui fait craindre la reprise de la guerre dans les Balkans. Pour la première fois vendredi, ces combats ont mis en danger un contingent de l’Otan – une unité allemande stationnée dans la ville de Tetovo –, illustrant les risques courus par les alliés d’être directement plongés dans un conflit dont ils refusent d’être l’arbitre. «Nous ne voulons pas mettre le doigt dans l’engrenage pour assurer la sécurité» en Macédoine, a commenté samedi un responsable allié, parlant à Paris sous couvert d’anonymat. La veille, à Athènes, le secrétaire général de l’Otan George Robertson avait indiqué qu’il n’était pas question pour les milliers de soldats alliés stationnés au Kosovo ou en Bosnie d’intervenir en Macédoine. Il a ajouté que l’Otan n’avait pas de mandat militaire pour mener des opérations en Macédoine, un pays de 2,2 millions d’habitants avec une forte minorité albanophone qui a échappé depuis 10 ans aux conflits successifs nés de la dislocation de la Yougoslavie. Pour autant, comme l’a souligné le responsable allié à Paris, «les forces de l’Otan sont exposées en Macédoine», où des contingents occidentaux déployés dans le cadre de la Mission internationale au Kosovo, la Kfor, ont leurs bases arrière. Les Américains, les Français et les Allemands notamment ont installé en Macédoine des unités de logistique et de soutien qui sont indispensables aux missions de la Kfor qui assure la stabilité dans cette région. L’armée allemande a été la première à faire l’expérience de cette vulnérabilité, des soldats d’une unité de logistique étant pris sous le feu de maquisards albanophones qui visaient, selon des sources militaires, les soldats macédoniens chargés de la protection d’un cantonnement à Tetovo. Berlin a ordonné le repli sur une base plus sûre de 400 soldats sur un effectif de 1 000 et a annoncé l’envoi de chars lourds Léopard pour renforcer la sécurité de ce contingent. Une détérioration de la sécurité en Macédoine aurait des conséquences très graves pour l’Otan, a souligné le responsable allié : «La Macédoine est essentielle pour nos opérations dans la région», a-t-il assuré. L’axe routier entre le port de Salonique, en Grèce, la capitale macédonienne Skopje et Pristina, au Kosovo, est l’unique voie de ravitaillement pour la Kfor et c’est par là que passe tout son carburant. Pour le moment, aucune demande de renfort n’a été faite par l’Otan auprès des pays qui participent aux opérations de stabilisation dans les Balkans, dans un souci de ne pas afficher une inquiétude trop grande, indique-t-on de sources militaires et diplomatiques à Paris. «Mais nous étudions toutes les possibilités même les plus pessimistes», a admis un responsable allié, «même si nous ne voulons pas répondre à la provocation : c’est ce que veulent les extrémistes», a ajouté ce responsable. Une intervention musclée de l’Otan serait «très grave», estime-t-il encore parce qu’elle marquerait l’échec de la politique suivie par l’Alliance depuis deux ans pour pacifier la région et faire droit, comme au Kosovo, aux revendications des albanophones. Pour le moment, l’Otan se contente donc de tenter de mieux contrôler la frontière entre le Kosovo, sanctuaire des rebelles, et la Macédoine, mais un diplomate occidental a expliqué samedi que «ces frontières sont historiquement impossibles à fermer» : «La Kfor fait son possible et a pris des mesures extraordinaires pour arrêter le flot d’armes et de combattants», a-t-il ajouté.
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