Le gouvernement japonais a de nouveau révisé en baisse son diagnostic sur l’économie japonaise en mars, reconnaissant pour la première fois que le pays traverse une période de déflation au lendemain de déclarations similaires du gouverneur de la Banque du Japon Masaru Hayami. L’admission par les autorités que le pays est en déflation accroît, selon les experts, la probabilité d’un retour lundi de la Banque du Japon à la politique de taux zéro (taux au jour le jour auquel se refinancent les banques) abandonnée en août dernier. «Si l’on estime qu’une baisse prolongée peut être définie comme une déflation, l’économie japonaise est actuellement dans une période de déflation modérée», a déclaré Taro Aso, ministre d’État pour l’Économie et les Affaires budgétaires, lors d’une réunion du Conseil des ministres consacrée à l’examen du rapport de conjoncture de mars. Jeudi, le gouverneur Hayami, qui estimait jusqu’à présent que la baisse des prix était «vertueuse» parce que résultant de la réorganisation des canaux de distribution et du progrès technologique, avait surpris les marchés en admettant le risque d’une déflation. «La BoJ va devoir continuer d’observer les mouvements des prix parce qu’ils continuent de baisser modérément. La BoJ gardera l’œil sur l’évolution des prix pour éviter que l’économie ne tombe dans une spirale déflationniste», avait déclaré M. Hayami. Le bureau du gouvernement a aussi estimé que «la reprise économique apparaît être dans une phase de pause», dans le rapport présenté vendredi au Premier ministre Yoshiro Mori et à ses ministres. La dernière fois que le gouvernement avait utilisé le terme «pause» pour l’activité économique date de janvier 1998. C’était peu avant que l’économie tombe en récession. La révision du diagnostic gouvernemental en mars, la deuxième en deux mois – fait très rare –, est notamment le résultat, selon le gouvernement, du ralentissement de la production industrielle et des exportations liées à la décélération de l’économie américaine. «Reflétant le ralentissement de l’économie américaine, les exportations japonaises ont vacillé, cette tendance affaiblissant à son tour la production industrielle», a indiqué le bureau du gouvernement. L’opinion gouvernementale est nettement plus pessimiste qu’en février lorsque le rapport mensuel avait estimé que «le rythme de la reprise économique est devenu plus modéré». Le rapport a été l’occasion pour le gouvernement de clarifier son idée sur l’évolution des prix et d’utiliser le terme de déflation en le séparant du concept de récession, comme le fait le Fonds monétaire international (FMI). Le FMI considère qu’un pays connaît une phase de déflation au bout de deux ans de baisse constante des prix indépendamment du fait qu’il y ait ou non croissance. «C’est une situation très rare internationalement et historiquement que l’indice des prix à la consommation continue de baisser pendant deux années de suite», a remarqué Haruhito Arai, économiste du bureau du gouvernement, en qualifiant la situation actuelle de «virulente». En dépit de cette tendance, le gouvernement a estimé que le mouvement de reprise n’a pas été interrompu. «L’évolution vers une reprise auto-alimentée se poursuit comme le montre la hausse des profits des entreprises et des investissements», a indiqué le bureau du gouvernement.
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