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Actualités - Opinions

Bloc-notes - Persona non grata

Moi je n’ai rien contre Freud et la psychanalyse, au contraire, ni contre les Juifs autrichiens en général, au contraire aussi. Enfin j’ai beaucoup d’estime, comme tous ceux qui l’ont connu ou lu, pour le professeur Edward Saïd, que ce soit comme auteur (1) ou comme Palestinien engagé dans les luttes de son pays, malgré une vision parfois désespérée de leur avenir. Ce préambule à cause de l’information parue hier dans L’Orient-Le Jour sous ce titre : «Le professeur Saïd refusé à Vienne pour cause d’intifada», et qui annonce l’annulation de la participation de Saïd en mai prochain à un colloque auquel il avait été invité l’année dernière à cause, pour parler clairement, d’un lobbying des «membres juifs» de l’institution auprès du président de la société, Johann Schulen, qu’ils ont finalement convaincu, il le dit avec une gêne manifeste, de laisser dehors le prestigieux universitaire de Columbia comme une brebis galeuse. Et alors ? Et alors, pour ne pas se laisser attrister par les raisons politiques de cette annulation, on peut se demander pour quelles raisons tenant à la psychanalyse (freudienne) on a opposé une fin de non «vous» recevoir à l’ancien conseiller de l’OLP. Son moi et son «ça» sont-ils structurés de telle façon qu’il soit habité par des «pulsions de destruction» ? Son identification à la Palestine cache-t-elle une «névrose de destinée», et quand il jette une pierre symbolique par la porte de Fatmé (photo incriminée par les «membres juifs» de la société freudienne), qui, de sa mère ou de son père Œdipe, en lui, cherche-t-il à tuer ? Les rapports de son «moi-plaisir» et de son «moi-réalité» ne le condamnent-ils pas à un antisémitisme psychotique ? Et ainsi de suite... Mais c’est, en réalité, une pénible histoire que ce «refus». Pénible parce qu’elle contribuera à réveiller l’antisémitisme latent des milieux intellectuels et politiques arabes. Pénible parce que les Juifs viennois qui sont à l’origine du blackboulage du professeur Saïd vivent sous un régime d’extrême droite caricatural et raciste qui accuse leurs réflexes antiarabes. Pénible parce que Saïd a sûrement beaucoup à dire sur le thème «Freud et la culture non européenne». Cela dit, certains penseront qu’au lieu de lancer des cailloux, par une porte du Liban-Sud, en juillet dernier devant des photographes, ce qui n’est pas pour lui le seul moyen d’appuyer l’intifada, cet intellectuel passionné aurait mieux fait de jouer dans la cour des grands. Mais c’est affaire de style : notre professeur tient plus de l’homme Malraux et de Sartre vendant des journaux que de Bertrand Russel (2) ou de Mohammed H. Heykal par exemple. Affaire de fougue... Amal NACCACHE (1) L’orientalisme demeure un ouvrage majeur quant au regard «aliéné» porté par l’Occident sur le monde oriental. (2) Mathématicien et philosophe, il fut président du «Tribunal Russel» composé d’intellectuels opposés à la guerre du Vietnam.
Moi je n’ai rien contre Freud et la psychanalyse, au contraire, ni contre les Juifs autrichiens en général, au contraire aussi. Enfin j’ai beaucoup d’estime, comme tous ceux qui l’ont connu ou lu, pour le professeur Edward Saïd, que ce soit comme auteur (1) ou comme Palestinien engagé dans les luttes de son pays, malgré une vision parfois désespérée de leur avenir. Ce préambule à cause de l’information parue hier dans L’Orient-Le Jour sous ce titre : «Le professeur Saïd refusé à Vienne pour cause d’intifada», et qui annonce l’annulation de la participation de Saïd en mai prochain à un colloque auquel il avait été invité l’année dernière à cause, pour parler clairement, d’un lobbying des «membres juifs» de l’institution auprès du président de la société, Johann Schulen, qu’ils ont...