La démission du très impopulaire Yoshiro Mori oblige la coalition au pouvoir au Japon à rechercher un Premier ministre capable à la fois de redonner confiance à un électorat totalement désabusé et de relancer une économie en récession. La tâche est délicate en raison de l’absence d’un candidat naturel pour prendre les rênes au Japon et faire face aux multiples défis qui se présentent. Le Parti libéral démocrate (PLD), parti très hiérarchisé, a l’habitude de choisir son homme fort par des tractations menées dans les coulisses par les caciques de ses différentes factions, comme ce fut le cas pour M. Mori en avril 2000. Ce manque de transparence est toutefois de plus en plus dénoncé par des jeunes élus et la base du parti, qui réclament un véritable débat. Ces derniers ont cependant peu de chances d’être écoutés cette fois-ci encore, selon les observateurs. «Usé par des décennies de pouvoir, le PLD a perdu toute son énergie pour gouverner et se remettre en cause», a ainsi estimé Tetsuro Kato, professeur de sciences politiques à l’Université Hitotsubashi. La direction du PLD pourrait ainsi demander au vétéran Hiromu Nonaka, 75 ans, de succéder à M. Mori, avec l’objectif de limiter les dégâts aux élections sénatoriales de juillet, qui s’annoncent difficiles pour la majorité. Surnommé le «shogun de l’ombre», cet ancien secrétaire général du gouvernement est considéré comme un homme d’appareil très expérimenté et respecté par ses troupes. «Mais ce choix accablera l’opinion qui, Mori parti, souhaite un souffle neuf», avertit Hiroshi Kawahara, professeur à l’Université Waseda. «Or, M. Nonaka symbolise le pouvoir politique du PLD, dévoyé par l’argent et la corruption». La nomination d’un tel dirigeant sera également mal accueillie par les investisseurs, demandeurs d’un gouvernement ayant le courage d’enclencher de véritables réformes structurelles, selon Shigonori Okazaki, analyste chez UBS Warburg. «Elle enverrait certainement un mauvais message au marché boursier», alors que l’indice Nikkei est tombé, le 2 mars, à son plus bas niveau depuis juillet 1985, à 12 261,80 points, estime-t-il. Outre M. Nonaka, l’autre favori est Junichiro Koizumi, 59 ans, un ancien ministre de la Santé considéré comme réformateur. «Pour l’opinion, M. Koizumi offre la jeunesse et le changement, deux atouts pour les prochaines élections», souligne le professeur Kato. Mais avec une expérience et un poids politique limités, sa marge de manœuvre devrait être réduite. «La question est donc de savoir s’il sera à même de promouvoir des réformes», s’interroge M. Kawahara. Le ministre des Affaires étrangères Yohei Kono, la ministre de la Construction et des Transports Chikage Ogi, présidente du Parti conservateur, et l’ancien Premier ministre Ryutaro Hashimoto figurent parmi les autres candidats potentiels. Quel que soit l’élu, la tâche qui l’attend est immense. Car «le PLD est dans un tel état de déliquescence qu’il pourrait rapidement s’écrouler sur ses bases», prédit le professeur Kawahara. Au pouvoir quasiment sans interruption depuis 1955, le parti dominant bénéficie toutefois de la faiblesse endémique de l’opposition, incapable de présenter un front uni et une véritable alternative aux yeux de l’opinion nippone.
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