La vue est imprenable, le confort encore un peu rudimentaire et l’emploi du temps parfois surchargé : pour les «pionniers» de la Station spatiale internationale (ISS), la vie a ses moments de grande joie mais aussi son lot de frustration et ses petits désagréments. À leur arrivée le 2 novembre dernier dans l’embryon du complexe orbital, les trois astronautes de l’équipage Expedition One n’ont pas perdu leur temps. Durant les trois premières heures, ils ont pris possession du bail presque comme tout nouveau locataire en allumant les lumières, en mettant en marche l’eau et le chauffage et en activant... les toilettes. En guise de crémaillère, le commandant américain de cette mission, William Sheperd, et ses deux collègues russes, Iouri Guidzenko et Sergueï Krikaliov, ont passé leur première semaine à installer les ordinateurs de bord et les radios, à visser des boulons, à tirer des câbles et à pousser boutons et interrupteurs dans les trois modules de la station. Les semaines suivantes, il a fallu tester un à un tous les systèmes de l’ISS, conformément à un emploi du temps surchargé dont se sont plaints les astronautes. Les équipes au sol «planifient une activité sur une heure de temps alors que nous savons qu’il en faut cinq, maugréait récemment Iouri Guidzenko. Ça fait partie des choses que l’on apprend en vivant à temps plein dans l’espace». Après cette période de rodage et depuis que les contrôleurs au sol ont un peu allégé le rythme des activités, la vie à bord a pris son rythme de croisière. «On est un peu à l’étroit mais l’espace est plutôt assez bien aménagé et c’est très vivable. On n’a pas vraiment l’impression d’être réellement dans l’espace, si ce n’est que tout flotte en l’air», explique William Sheperd. Une journée à bord de l’ISS ne ressemble jamais vraiment à une autre, hormis le réveil à 6h GMT et les 40 minutes nécessaires à l’habillage et aux ablutions matinales. Enfin, si l’on peut dire, puisqu’il n’y a pas de douche à bord, seulement un savon spécial qu’on utilise pour se frotter la peau et les cheveux. On ne change de vêtements que tous les cinq jours. Après le petit déjeuner, les examens médicaux et la conférence avec le centre de contrôle au sol, les activités varient : installation ou réparation d’équipements, prise de mesures à l’intérieur de la station, expériences scientifiques ou encore photographie de sites terrestres. Rien n’est laissé au hasard. Chaque geste est chorégraphié, comme par exemple la prise des repas. Pas question de renverser quoi que ce soit. Tout doit être fixé à l’aide de crochets ou de bandes Velcro et le nettoyage est minutieux. Grâce à l’apesanteur, se déplacer à l’intérieur de la station ne requiert guère plus qu’une poussée d’un ou deux doigts. La contrepartie, c’est la perte de masse musculaire et de densité osseuse. Chaque astronaute est donc astreint à un minimum de deux heures d’exercices par jour pour lutter contre l’atrophie musculaire et l’ostéoporose. Et, même avec de l’exercice, les résidents de l’espace perdent entre 1 et 1,5 % de masse osseuse chaque mois. Quant aux visages, ils sont rendus bouffis par l’apesanteur. Les astronautes ont désormais quartier libre le week-end, l’occasion de bavarder au téléphone avec la famille, de répondre aux courriers électroniques, d’admirer la Terre à travers les hublots ou encore de regarder des films sur DVD. Les communications sporadiques avec le sol ont constitué la seule véritable difficulté. «C’est le plus gros problème que nous avons eu, poursuit William Sheperd. Notre liaison avec le sol est étroite et pas très fiable. Et ça nous gêne beaucoup». La question devrait être résolue avec l’arrivée du module américain Destiny et son antenne de communications à large bande. Autre désagrément : le niveau de bruit causé par les appareils, qui force à dormir la nuit avec des bouchons dans les oreilles. «C’est un peu plus bruyant que nous ne le souhaiterions», confie William Sheperd. «La vie à bord, résume-t-il, c’est un peu comme être sur un navire ou à l’intérieur d’un sous-marin».
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