Plusieurs manifestations hostiles se sont déroulées vendredi devant l’ambassade de France à Ankara et le consulat à Istanbul après la reconnaissance jeudi par le Parlement français du génocide arménien. Outre quelques passants qui crachaient devant la porte, une centaine de manifestants de groupes d’extrême droite et d’extrême gauche ont crié des slogans hostiles à la France, a indiqué un porte-parole de l’ambassade. Une centaine de manifestants de la branche jeunesse du petit Parti du travail (Isci Partisi) ont déposé une gerbe noire, suivis pas des membres du Parti républicain du peuple (CHP, centre-gauche), qui ont appelé les citoyens turcs à protester contre la France. Un petit groupe de la mouvance d’extrême droite des Ulkucu (idéalistes), proches du Parti de l’action nationaliste (MHP, au pouvoir) a lancé des slogans plus menaçants : «France, ne te trompe pas, n’épuise pas notre patience !», ou encore : «Les bâtards de la France ne peuvent nous faire céder» et : «L’Arménien est un bâtard et restera un bâtard». Les manifestations se sont déroulées pacifiquement, sans intervention de la police, présente devant l’ambassade. En revanche, une manifestation houleuse des «Idéalistes» s’est tenue devant le consulat général de France d’Istanbul dans le quartier de Beyoglu (partie européenne). La chaîne d’information continue NTV a diffusé les images d’une foule d’environ 200 manifestants, qui ont jeté des œufs contre les fenêtres du bâtiment. Des jeunes ont tenté de déposer une couronne mortuaire contre le mur extérieur mais en ont été empêchés par les policiers dans une vaste bousculade qui s’est terminée sans incident. De son côté, la population arménienne se félicitait vendredi de la reconnaissance la veille par le Parlement français du génocide arménien, mais la presse réagissait dans l’ensemble avec retenue et les autorités se sont abstenues pour le moment de toute déclaration. «Je suis très heureuse que la vérité historique ait enfin été rétablie. Justice a été rendue aux Arméniens d’aujourd’hui et à ceux qui sont morts dans le génocide», a déclaré Elena Aroutiounian, une retraitée de 67 ans. «Il s’agit d’un premier pas sur la voie de la justice», estime Ghegham Manoukian, un dirigeant du parti Dachnak-Tsoutioun (nationaliste – au pouvoir) dans le journal Erkir. «Le rétablissement de la vérité historique va permettre de normaliser et améliorer les rapports entre l’Arménie et la Turquie», a estimé de son côté le chef du département Europe du ministère arménien des Affaires étrangères, Samvel Mkrttchian, cité par Erkir. Le reste de la presse, y compris les radios et les télévisions, s’est en général borné à reprendre l’information sans commentaire.
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