À son arrivée au pouvoir, en 1997, Laurent-Désiré Kabila s’était imposé comme le possible libérateur de la République démocratique du Congo et le sauveur des richesses minières de l’ex-Zaïre. Né le 27 novembre 1939, Kabila avait 57 ans, la taille courte, le crâne rasé, la silhouette rondouillarde, lorsqu’il est sorti de son rôle d’éternel maquisard pour mettre fin à 32 ans de règne sans partage de Mobutu Sese Seko. Originaire du riche Katanga, dans l’ethnie Luba, il avait été porté au pouvoir par les Banyamulenge tutsis au terme de huit mois d’insurrection soutenue par le Rwanda et l’Ouganda et facilitée par le déclin de Mobutu rongé par la maladie et l’âge. Très vite cependant, ses anciens alliés se retournent contre lui. En août 1998, des rebelles tutsis soutenus par le Rwanda et l’Ouganda prennent les armes. La guerre civile les oppose aux forces de Kabila appuyées par le Zimbabwe, l’Angola et la Namibie. Un accord de paix signé à Lusaka en 1999 a été violé à maintes reprises par les deux parties. Les rebelles contrôlent aujourd’hui une large partie du nord et de l’est du pays. Tous les cessez-le-feu conclus sont restés lettre morte. Moins de deux semaines après l’entrée de ses troupes dans Kinshasa, Laurent-Désiré Kabila avait rebaptisé le Zaïre, République démocratique du Congo. Il s’était donné deux ans pour organiser des élections. Elles ne sont jamais venues. L’une de ses premières mesures a été d’interdire sine die toute manifestation et toute activité des divers partis politiques. Éternel opposant au mobutisme, anti-impérialiste fervent, Kabila revendiquait haut et fort son alliance avec les Tutsis alors que ses adversaires de Kinshasa faisaient de lui la marionnette des Banyamulenge et de leurs frères des pays voisins, Ouganda, Rwanda et Burundi. «J’ai vécu avec les Banyamulenge toute ma vie, expliquait-il. Beaucoup d’entre eux m’ont accompagné tout au long de mon combat contre le régime de Mobutu. La chose la plus importante, c’est que nous sommes tous des Zaïrois et que nous partageons des croyances communes». Le désaveu du Che Il était en revanche plus discret sur sa rencontre avec Che Guevara, venu dans l’Est zaïrois avec une poignée de guérilleros cubains dans les années 60. Il est vrai que le «Che» renonça vite à exporter la révolution en Afrique et reprochait à Kabila un goût trop prononcé pour les intrigues, l’argent, les femmes et l’alcool. Après des études en Allemagne de l’Est, Kabila avait été un partisan de la première heure de Patrice Lumumba. Il avait rejoint l’insurrection armée après l’assassinat, en 1961, du «héros de l’indépendance», et rallié Pierre Mulélé, ancien ministre de Lumumba. Arrivé au pouvoir en 1965, Mobutu avait maté cette opposition. Ironie de l’histoire, une partie des Banyamulenge s’étaient à l’époque engagés aux côtés des forces mobutistes. À la fin des années 1980, Laurent-Désiré Kabila se rend fréquemment en Ouganda, où les rebelles de Yoweri Museveni ont pris le pouvoir. À la même époque, les Tutsis rwandais en exil, qui occupent de hautes fonctions dans l’armée de Museveni, s’organisent pour reprendre leur pays d’origine aux Hutus. C’est ce qu’ils font en 1994, après un génocide qui fait quelque 800 000 morts dans leur communauté. Les liens entre Museveni, Kagamé et les Banyamulenge amènent le régime de Mobutu à dénoncer un «complot tutsi» pour créer un «pays tutsi» en Afrique centrale. Le projet causera sa perte. «Je suis le symbole de la résistance de mon peuple contre la domination étrangère de ce pays. Je ne suis pas le libérateur. J’ai participé à la rébellion, mais je ne veux pas être président. Je veux que mon peuple soit libre, et, ensuite, je retournerai à ma vie privée», n’en affirmait pas moins Kabila quelques mois avant son arrivée au pouvoir. «Mes longues années de lutte ont été comme un engrais répandu dans un champ mais maintenant, il est temps de faire la récolte», confiait-il à son QG de campagne de Goma. Ses partisans l’appelaient alors Mzee, «grand vieil homme» en swahili.
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