Le Japon a applaudi la victoire de George W. Bush avec qui il espère développer des relations plus étroites que sous Bill Clinton tout en craignant que le nouveau président ne lui demande de contribuer davantage à sa défense. Allié privilégié des États-Unis en Asie depuis 1945, le Japon a souffert de la priorité donnée par la présidence Clinton à l’amélioration des liens avec la Chine, dont Tokyo craint la prééminence régionale. Le gouvernement japonais a donc été prompt à se féliciter, en décembre, que «le président élu Bush ait insisté sur la nécessité de renforcer l’alliance nippo-américaine durant sa campagne». D’autant que Tokyo garde la nostalgie des années Reagan-Bush, marquées par une plus forte compréhension mutuelle. Pierre angulaire de la diplomatie nippone, cette «relation bilatérale privilégiée» est régulièrement soumise à des tensions, qui se concentrent sur deux pôles : le commerce, car les États-Unis souffrent d’un fort déficit avec le Japon, et la sécurité, en raison de la forte présence militaire américaine sur l’archipel. Dans la défense, «la relation nippo-américaine ne devrait pas être bouleversée par l’arrivée de M. Bush», prédit Michio Royama, professeur à l’université Sofia, à Tokyo. Cette alliance stratégique n’a guère été affectée par la fin de la Guerre froide. La menace nord-coréenne, les ambitions militaires de Pékin et la question explosive de Taïwan ont en effet maintenu l’Asie orientale parmi les régions jugées instables par Washington. Les analystes s’attendent à ce que Tokyo continue à apporter son soutien aux initiatives américaines. C’est notamment le cas pour le programme controversé de bouclier antimissile TMD, l’une des priorités déclarées de l’Administration Bush, auquel le Japon a accepté de coopérer financièrement et technologiquement. «Il n’est jamais arrivé que le Japon s’oppose ou propose des plans alternatifs à ceux des États-Unis depuis la guerre», souligne M. Royama, en mettant l’accent sur «le profond déséquilibre» de l’alliance. Tokyo, qui ne peut se doter de l’arme atomique, est en effet dépendant du parapluie américain en cas de conflit. L’archipel paie cher cette sécurité puisqu’il règle les deux tiers de la facture du maintien d’environ 50 000 soldats américains sur son territoire, dont les deux tiers sur l’île d’Okinawa (sud), où la coexistence est parfois tendue avec la population locale. Même s’il estime déjà trop élevée cette somme, le Japon pourrait être encouragé à s’engager davantage par l’Administration Bush, relançant ainsi le débat périlleux sur sa constitution pacifiste et non interventionniste. Sur le front commercial, l’expectative domine parmi les observateurs. «La tournure des événements dépend de l’ampleur et du rythme du ralentissement de l’économie américaine», estime Shigenori Okazaki, analyste chez UBS Warburg. Plus ce dernier sera important, plus les tensions commerciales sont probables, car «le dossier prendra alors une dimension politique» à Washington, selon lui. Quoi qu’il en soit, les pressions américaines pour une accélération des réformes et de l’ouverture des marchés vont demeurer. D’autant que les États-Unis viennent d’être échaudés par la décision nippone de ne pas renouveler l’accord commercial bilatéral de 1995 qui devait accélérer la percée de leur industrie automobile au Japon. Premier client de l’archipel, les États-Unis achètent en moyenne presque deux fois plus au Japon qu’ils ne lui vendent. En novembre, leur déficit commercial a ainsi atteint 644,1 milliards de yens (5,6 M EUR), en progression de 18 % sur un an.
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