Les salons, lieux où l’on discute librement des sujets politiques, se multiplient en Syrie, reflétant l’ouverture interne amorcée après l’accession de Bachar el-Assad à la présidence. Damas, la capitale aux quatre millions d’habitants, compte une dizaine de salons bien connus où «l’on revendique clairement les libertés, dans le cadre de la loi et de la Constitution», indique Aref Dalila, un économiste qui les fréquente. Ces forums, qui s’ouvrent également dans les autres villes, «constituent l’expression de la transition d’une période d’interdits vers une période d’ouverture qui pourrait se concrétiser dans l’avenir par des lois régissant l’activité politique», estime-t-il. La formule des salons politiques s’est développée graduellement, en raison «des contraintes qui étaient imposées aux médias qui ne couvraient que l’activité politique officielle» et de «l’interdiction de toute activité organisée non officielle, politique ou syndicale», ajoute-t-il. Les premiers forums avaient vu le jour sous Hafez el-Assad, le père du président actuel. Le premier a commencé ses activités en 1986, animé par l’Association des économistes, mais ses débats se limitaient à la gestion économique du pays, selon M. Dalila. Le passage au débat politique s’est effectué après l’accession à la tête de l’État de Bachar el-Assad, en juillet, un mois après le décès de son père. «Avant, la critique de l’aspect politique», c’est-à-dire du pouvoir, «se faisait sous le couvert du débat sur l’économie», indique-t-il. «À présent, on commence par l’aspect politique». Le débat s’ouvre d’habitude par une conférence sur un thème déterminé, suivie par des interventions et des questions de l’assistance, composée en majorité d’intellectuels et d’universitaires. Le dernier salon créé à Damas est le Forum de dialogue démocratique de Jamal Atassi. La première conférence, le 14 janvier, a porté sur les réformes politiques et plus de 200 personnes, dont d’anciens prisonniers politiques, y ont assisté dans une maison archicomble. Jamal Atassi, décédé en mars 2000, était un des premiers membres du parti Baas panarabe qui a pris le pouvoir en Syrie en 1963. Il avait rejoint le courant nassérien dans les années 60 et ensuite, à la fin des années 70, déclaré son opposition au régime de Hafez el-Assad qui l’a cependant toléré en limitant ses activités. «Les forums constituent un développement sain. Ils permettent le dialogue. On y écoute les idées des autres», dit sa fille, Sarab Atassi, historienne spécialiste de la vieille ville de Damas, qui a participé à l’organisation de la première conférence. D’après M. Dalila, un seul forum a été autorisé officiellement par les autorités, celui de Souheir Rayyès, une baasiste membre du Parlement, dans la ville portuaire de Lattaquié, dans le nord-ouest du pays. Mme Rayyès a confirmé avoir obtenu l’autorisation en août 2000, mais elle ne sait pas si elle est la seule. Elle a indiqué qu’il s’agit d’un «forum culturel» et que les conférences, qui commenceront dans un mois, n’aborderont pas les sujets politiques. Les idées qui sont évoquées dans les salons politiques ne sont pas totalement ignorées par la presse officielle. Le quotidien as-Saoura publie chaque samedi une rubrique opinion intitulée «Questions», accordant une place aux idées des intellectuels prenant part aux forums. L’impact de ces idées sur la population est en revanche difficile à évaluer.
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