La situation de l’emploi se détériore aux États-Unis comme en témoigne la faiblesse des créations de postes de travail et la nette augmentation des licenciements, qui reflètent l’essoufflement de la croissance et renforcent les craintes de récession. Les statistiques officielles de décembre et pour l’ensemble de l’année 2000 publiées hier, deux jours après que la Réserve fédérale américaine a réduit à la surprise générale son principal taux directeur d’un demi-point, confirment, avec un gain de seulement 105 000, le fléchissement prononcé du rythme des créations d’emplois au 4e trimestre. Seulement la moitié de ces gains sont provenus du secteur privé. Cette dégradation de l’emploi devrait entraîner dans les prochains mois une nette remontée du chômage, encore très bas à 4%, selon plusieurs économistes dont Mark Vitner de First Union qui note «la grande faiblesse du secteur manufacturier, de la construction et de la distribution». Selon les statistiques du cabinet d’études sociales Challenger, Gray and Christmas, les entreprises ont annoncé en décembre 133 713 suppressions d’emplois, le nombre le plus élevé sur un mois depuis huit ans. Et selon le gouvernement, les nouvelles demandes hebdomadaires d’allocations chômage se situaient à la fin 2000 à leur niveau le plus élevé depuis juillet 1998 avec 375 000 demandeurs. À l’exception de certains services, toutes les autres activités économiques ont subi des hémorragies d’emplois en décembre, avec une saignée particulièrement importante dans le secteur manufacturier en pleine récession depuis le début de l’automne. Les pertes ont été de 62 000 emplois en décembre après 15 000 en novembre et 180 000 sur l’ensemble de l’année dernière. Même si les mauvaises conditions météorologiques expliquent en partie le ralentissement de l’activité en décembre, les chiffres publiés ces derniers mois ne laissent aucun doute sur le fléchissement prononcé des créations d’emplois. Au quatrième trimestre, le secteur privé a engendré 84 000 emplois nets supplémentaires en moyenne par mois, soit environ moitié moins qu’entre janvier et septembre, et le rythme le plus faible depuis 1992, relève Bruce Steinberg, principal économiste de Merrill Lynch. Pour l’ensemble de l’année dernière, l’économie américaine n’a créé que 146 000 postes de travail mensuellement en moyenne contre plus de 250 000 en 1999. Il s’agit également du nombre le plus faible depuis 1992. Au total, les créations nettes d’emplois hors secteur agricole ont augmenté de 1,9 million en 2000 après un gain net de 2,8 millions l’année précédente, a encore souligné Bruce Steinberg. Selon lui, la baisse de près d’1 % du nombre total d’heures de travail en décembre et sur l’ensemble du 4e trimestre est une mesure encore plus précise de l’ampleur de l’affaiblissement de l’activité économique américaine. C’est la première fois depuis la récession de 1991 que les heures travaillées ont diminué, a noté Bruce Steinberg. Cette diminution reflète aussi la montée en force de la nouvelle économie qui, en s’appuyant sur les technologies de l’information, a permis un accroissement durable de la productivité, a-t-il expliqué. Et même si la croissance du Produit intérieur brut a probablement légèrement dépassé les 2 % au 4e trimestre – comparé à 4,8 % au premier –, la productivité s’est sans doute encore accrue de 3 %, a estimé ce conjoncturiste. «La mauvaise nouvelle c’est que le chômage va rapidement augmenter en 2001 (...) et entraîner une pression à la baisse sur les salaires» qui ont encore progressé de 0,4% en décembre, portant leur progression à 4,2% sur un an, a-t-il prédit. Plus optimiste, l’économiste Nicholas Perna estime que «les chiffres de l’emploi ne sont pas catastrophiques» car ils reflètent un ralentissement marqué de la croissance mais en aucune façon une contraction de l’activité. Il a toutefois chiffré à 40 % les risques de récession cette année.
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