Moins de 10 ans après son dernier coup d’État, l’armée thaïlandaise entend rester en retrait de la scène politique, assurent ses chefs qui promettent qu’elle ne se substituera plus aux gouvernements civils démocratiquement élus. «Aujourd’hui, l’armée thaïlandaise est sur la voie de la normalisation», estime un diplomate européen. Longtemps, les militaires thaïlandais ont été les arbitres du pouvoir, ayant orchestré 17 coups d’État, réussis ou avortés, depuis l’abolition de la monarchie absolue en 1932. Dans les années 60 et 70, en pleine Guerre Froide, l’armée a conduit de sanglantes opérations de «sécurité intérieure» pour éradiquer la guérilla communiste et les foyers de contestation étudiants. Mais depuis son dernier putsch en février 1991 et la répression des manifestations populaires de mai 1992 à Bangkok, elle est restée dans ses casernes. Et l’état-major ne conteste plus aux civils l’exercice du pouvoir politique. Le chef de l’armée de terre, le général Surayud Chulanont, considéré comme un démocrate, assurait récemment qu’il n’y aurait jamais de coup d’État tant qu’il serait en poste, dissipant des rumeurs alarmistes mais jugées infondées à l’approche des élections. Quelques hommes politiques ont évoqué la possibilité d’un coup de force militaire – une «suspension temporaire de la démocratie» – au cas où le scrutin du 6 janvier déboucherait sur une impasse ou un vide politique. «J’ai dit plusieurs fois que nous ne nous mêlerons pas de politique, martèle le général Surayud. Les coups d’État n’arrangent rien. La situation doit changer grâce à la politique, et non par le recours à la force». Depuis sa nomination en 1998, le général Surayud a engagé l’armée de terre sur la voie de la «professionnalisation» de ses quelque 220 000 hommes et il a œuvré à sa dépolitisation. Signe des temps : pour les élections de samedi, les principaux prétendants au poste de Premier ministre sont tous des civils et non des généraux en retraite, comme ce fut le cas lors des scrutins précédents. Pour autant, les vieux réseaux d’officiers restent politiquement influents, en particulier en province, par le biais du système traditionnel de patronage. En outre, de nombreux officiers en retraite ont rejoint les partis politiques avant les élections et sont candidats à la députation. Parmi eux, l’ancien commandant en chef de l’armée, Chettha Thanajaro, est en bonne position sur la liste du parti favori des élections, le Thai Rak Thai du magnat Thaksin Shinawatra. Sur le plan économique, plusieurs généraux siègent toujours dans des conseils d’administration, comme ceux de la compagnie aérienne nationale Thai Airways International, d’une grande banque, ou de chaînes de radio et télévision. Culturellement, un certain prestige reste attaché en Thaïlande à la fonction militaire, qui continue d’attirer l’élite socio-économique du royaume.
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