Alors que la campagne de dénonciation de la secte Falungong bat son plein en Chine, les autres groupes mystiques inspirés de la gymnastique qigong continuent tranquillement à recruter des adeptes parmi les laissés-pour-compte de la société et de la médecine. «Nous ne faisons pas de politique, nous soutenons le parti et le gouvernement chinois», explique le professeur Wang lors d’un stage d’initiation organisé ce week-end dans une école publique de Pékin pour le groupe Putigong (ou «Bodhigong», la pratique de la Sagesse Suprême), deux jours après l’interdiction du Falungong. Le Putigong est l’un des innombrables groupes mystiques issus à la fois du bouddhisme et du qigong, une technique traditionnelle chinoise de respiration et de méditation qui permet de mobiliser l’énergie intérieure. Pendant huit heures, une quarantaine de stagiaires, en majorité des femmes et des hommes âgés, ont appris, pour la modique somme de 35 yuans (4,2 USD), à faire des exercices de relaxation et de méditation destinés à «accroître» leur «énergie intérieure», mais également à diagnostiquer et à guérir certaines maladies, y compris à distance. Parmi les «ustensiles» utilisés, une pomme de terre ou un concombre, voire une simple feuille de papier et un crayon pour «éliminer la maladie» en noircissant progressivement un dessin représentant l’organe atteint. Pour avoir des chances de succès, les «soins» ne doivent pas faire l’objet d’une rémunération et ne peuvent être pratiqués que sur des gens «bien disposés» face au Putigong, ont martelé les animateurs du stage. Fondé par Di Yuming, 35 ans, au début des années 90, le groupe, qui est en réalité une secte, avec sa vénération du maître, censé posséder des pouvoirs «supérieurs», affirme avoir des centaine de points de rassemblements seulement à Pékin et des dizaines de milliers d’adeptes à travers la Chine. Des cassettes vidéo, des photos du maître, des livres et des tee-shirts sont également proposés aux adeptes, à des prix souvent élevés pour des retraités qui vivent avec leur maigre pension. Contrairement toutefois à la secte Falungong, interdite par les autorités après avoir défié le régime en organisant des manifestations, le «Putigong» souligne son allégeance au régime et sa volonté d’aider les gens «à être de petits Lei Feng» (le héros modèle chinois) en améliorant leur santé. «C’est seulement quand on est en bonne santé qu’on peut être de bons citoyens» précise le professeur Wang, une femme alerte et énergique d’une cinquantaine d’années. Elle-même reconnaît avoir embrassé le «Putigong» il y a plusieurs années après avoir été atteinte d’un maladie mystérieuse qu’aucun médecin n’était en mesure de soigner. Pour mettre en condition les futurs adeptes, un tract intitulé “Le Journal des résultats” est distribué au début de la séance, faisant état des guérisons les plus spectaculaires. Parmi celles-ci, figurent pêle-mêle la disparition de calculs rénaux ou biliaires, la guérison d’un cancer du sein, de l’hépatite ou de la presbytie, ainsi que l’apparition de dents ou de cheveux noirs à plus de 60 ans. Su Peiru, une femme de 43 ans, atteinte de calculs biliaires de 1,8 cm de diamètre, qu’un traitement au laser très onéreux n’avait pas permis d’éliminer, a ainsi été guérie, selon le «journal», après seulement quelques séances de Putigong. Au-delà du Falungong (interdit) et du Putigong, des dizaines de groupes du même type existent en Chine, parmi lesquels le Chanmi Gong, le Jiugongbagua Gong ou le Xianggong (la pratique odorante). «Ils recrutent, principalement parmi les laissés-pour-compte, ceux dont personne ne s’occupe plus sur le plan spirituel mais surtout sur le plan médical, parce que la médecine est devenue de plus en plus chère», note un expert occidental spécialiste des sectes en Chine. Pour se dissocier du Falungong, accusé d’avoir conduit des adeptes à la mort en refusant les soins médicaux, les animateurs du stage de Putigong n’ont cessé de mettre en garde contre tout abandon des traitements médicaux reconnus.
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