On le trouvait un peu trop fanfaron mais Eddie Irvine est passé des paroles aux actes en s’imposant dimanche dans le Grand Prix d’Autriche de Formule Un. Après l’accident de son patron Michael Schumacher à Silverstone, le bouillant lieutenant irlandais avait pris la place du chef avec un enthousiasme trop voyant aux yeux du paddock. En déclarant qu’il visait le titre, qu’il ne craignait pas la concurrence des McLaren, le pilote avait énervé plus d’un collègue et plus d’un observateur. Ron Dennis, le boss des McLaren, lui avait même conseillé de se taire avant l’épreuve autrichienne. À force d’en rajouter sur ses talents qui, disait-il, ont été trop longtemps éclipsés par sa place de second, Irvine avait écopé d’un logique retour de bâton après sa prestation en demi-teinte aux essais qualificatifs. La presse italienne notamment n’avait guère été tendre. Mais sa victoire a tout effacé. Victoire de l’audace, de la stratégie d’une écurie toujours aussi roublarde, elle replace Irvine à seulement deux points du champion du monde en titre Mika Hakkinen sur McLaren. «C’était la bonne réponse d’Eddie à la situation délicate dans laquelle se trouvait l’écurie», a résumé le directeur sportif de Ferrari Jean Todt. Le Français ne semble pas pour autant apprécier outre mesure les déclarations intempestives de son numéro un par intérim. Il préférerait le voir se concentrer sur son pilotage. Nouvelle donne «Nous avions dit que nous n’abandonnerions pas et cette performance prouve que nous ne l’avons pas fait. Maintenant, Eddie doit poursuivre sur sa lancée car les actes sont toujours plus forts que les paroles», a-t-il dit. Irvine contre Hakkinen, telle est la nouvelle donne instaurée par le Grand Prix d’Autriche, neuvième manche de la saison. Au nombre de victoires, le Finlandais est devant (trois succès au Brésil, en Espagne et au Canada contre deux pour Irvine, les premiers de sa carrière, en Australie et en Autriche). Au petit jeu de la régularité, l’Irlandais a l’avantage : il a marqué dans huit des neuf courses disputées cette saison, contre six pour Hakkinen. Schumacher, qui a applaudi son coéquipier du lit de la clinique suisse où il soigne sa double fracture à la jambe droite, sera absent au moins aux trois prochains Grands Prix, Irvine aura donc le temps de montrer qu’il est vraiment à la hauteur de ses ambitions. En s’affirmant comme un pilote de haut vol, il en a surpris plus d’un dans un milieu qui le pensait bien trop imprévisible. Pour Jackie Stewart, cependant, son ascension n’est pas étonnante. «Eddie est un des meilleurs pilotes de la saison et c’est certainement un des meilleurs pilotes tout court», souligne l’ancien champion, qui lui fait actuellement les yeux doux et souhaiterait l’échanger l’an prochain avec Rubens Barrichello. «Il termine les courses. En plus, maintenant qu’il a gagné une fois, il peut le faire et le refaire». Reste que face à lui, les McLaren sont très loin d’avoir dit leur dernier mot. Le dimanche noir de Coulthard D’habitude, un large sourire illumine le visage de David Coulthard (McLaren-Mercedes). Dimanche à Spielberg, à l’arrivée du Grand Prix d’Autriche de Formule 1, un masque de tristesse barrait la face de l’Écossais. Coulthard mesurait l’ampleur des dégâts qu’un coup de folie avait causé quelques instants seulement après le départ, dès la deuxième courbe. Une manœuvre insensée et son coéquipier et leader Mika Hakkinen voyait toutes ses chances de vaincre anéanties. La course avait à peine débuté. «J’ai commis une erreur de jugement, touché Mika l’envoyant en tête-à-queue. Je suis vraiment désolé», bredouillait Coulthard. Pour l’Écossais, le pire était arrivé. D’autant qu’après une première moitié de course menée avec maîtrise, il s’était montré inconstant, incapable de maintenir son avance sur Eddie Irvine (Ferrari). Puis, sur la fin, de reprendre le commandement à l’Irlandais de la Scuderia le futur vainqueur tout heureux du «cadeau» de Coulthard. «Cela a été le pire des scenarii. Un véritable cauchemar, admettait l’Écossais. Outre mon erreur, j’ai été incapable de réussir des tours rapides après mon ravitaillement aussi, je me suis retrouvé dans le trafic ce qui a permis à Irvine de rester devant moi après son arrêt. J’ai été incapable de rependre la tête». Toute la misère du monde s’était abattue sur Coulthard. Aussitôt après l’arrivée, il n’avait qu’une envie, s’excuser de sa bévue auprès de Mika Hakkinen. «J’ai apprécié. On ne va pas s’apesantir là-dessus», dira simplement le champion du monde finlandais beau joueur comme à l’habitude. Course au titre à handicap Mal à l’aise vis-à-vis de son coéquipier, Coulthard l’était aussi vis-à-vis de son équipe, de Ron Dennis. Ce dimanche à Spielberg resterait comme le pire des souvenirs de l’Écossais. Un dimanche noir à oublier au plus vite. Une nouvelle fois, l’équipe McLaren-Mercedes venait de perdre une course largement à sa portée, d’offrir au rival Ferrari un succès inespéré. Si Michael Schumacher n’est plus là, Eddie Irvine a montré son aptitude à saisir lui aussi la moindre opportunité, laissant planer ainsi le plus grand suspens dans la course au titre mondial pour les prochains rendez-vous. Dès le Grand Prix d’Allemagne à la fin de la semaine à Hockenheim. Une erreur de Coulthard à Spielberg, une autre de l’équipe à Silverstone avec la mauvaise fixation de la roue arrière gauche d’Hakkinen, tout semble se liguer contre le Finlandais en ce moment. On lui promettait un chemin royal vers un second titre consécutif. Le voilà maintenant sous la menace d’Eddie Irvine dans ce qui ressemble fort à une course à handicap pour le tenant du titre... Conscient des lacunes de son équipe, de l’erreur et de l’inconstance de Coulthard, Ron Dennis ne voulait toutefois pas accabler son pilote, préférant souligner les relations étroites existant entre Hakkinen et l’Écossais. Et quitter le circuit de Spielberg sur une boutade. «Certains craignaient que le championnat devienne sans intérêt depuis l’accident de Michael Schumacher. J’espère que Bernie (Ecclestone) appréciera notre contribution à garder tout le suspens en Formule 1..»., ironisait en effet Ron Dennis.
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