La Turquie et Israël ont réaffirmé hier leur entente à l’occasion de la visite du président turc Suleyman Demirel dans un contexte de reprise du processus de paix avec les Arabes. «Les rapports avec la Turquie sont de la plus haute importance pour Israël et ne peuvent porter ombrage aux relations avec d’autres pays», a déclaré le nouveau Premier ministre israélien Ehud Barak lors d’un entretien avec M. Demirel, selon un communiqué de la présidence du Conseil. Il a souligné que M. Demirel était le premier dirigeant étranger à se rendre en Israël depuis son arrivée au pouvoir après les élections de mai. Le chef de l’État turc a entamé hier une tournée de trois jours en Israël, en Jordanie et dans les territoires palestiniens, placée sous le signe de la coopération politique et économique. «Les relations avec Israël sont à tous les niveaux excellentes, au point qu’il est difficile d’imaginer comment les améliorer encore», a déclaré M. Demirel à la presse israélienne avant son arrivée. Quant aux relations entre Ankara et Damas, elles «se sont améliorées et nous ne pouvons plus affirmer que la Syrie appuie le terrorisme, du moins présentement», a ajouté le chef d’État turc. «La paix entre Israël et la Syrie ne nous gênerait pas, tout au contraire, car nous savons bien qu’elle ne se fera pas sur le dos des relations entre la Turquie et Israël», a souligné le président turc. Il a rappelé qu’à la suite d’un accord signé le 20 octobre dernier à Adana (sud de la Turquie), la Syrie avait expulsé le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan qui, depuis lors, a été capturé par la Turquie et condamné à mort. M. Demirel a écarté toutefois tout accord entre les trois pays concernant des fournitures d’eau turque à la Syrie, dans le cadre d’une coopération régionale au Moyen-Orient. Dans son interview, le président turc a par ailleurs appelé Israéliens et Palestiniens à conclure la paix, rappelant que son pays «soutient depuis plusieurs années le droit des Palestiniens à un État indépendant». La Turquie avait été l’un des premiers pays à avoir reconnu l’État de Palestine proclamé par M. Arafat en 1988 à l’occasion d’une session du Conseil national palestinien (CNP, Parlement en exil) à Alger. La menace iranienne Israël et la Turquie, les deux plus grandes puissances militaires de la région, ont conclu en février 1996 un accord-cadre pour renforcer leur coopération militaire, provoquant la colère des pays arabes et de l’Iran, qui y voient une menace contre eux. Ils ont depuis mené une série de manœuvres militaires communes et signé plusieurs accords de coopération dans le domaine des armements. Mais, depuis l’arrivée au pouvoir des travaillistes en Israël, des craintes se sont exprimées en Turquie selon lesquelles les dirigeants israéliens pourraient privilégier leurs relations avec les pays arabes aux dépens d’Ankara. «Nous avons atteint le zénith dans nos relations et toute la question est de savoir comment les maintenir au même niveau», a déclaré l’ancien ambassadeur d’Israël en Turquie M. Alon Liel. Cet universitaire, qui a servi de conseiller de M. Barak, a toutefois critiqué «l’idée caressée par Ankara d’une alliance stratégique entre les deux pays en vue de la constitution d’un système sécuritaire au Moyen-Orient». «Jamais les pays arabes n’accepteront de se joindre à un tel système», a-t-il estimé. M. Demirel entend rechercher avec ses interlocuteurs israéliens, selon la presse turque, les moyens de développer le volume commercial entre les deux pays, d’un montant de 800 millions de dollars, que la Turquie souhaite plus que doubler. Il a été reçu en Israël par son homologue israélien Ezer Weizman et s’est entretenu aussitôt avec le nouveau Premier ministre Ehud Barak avant que ce dernier ne parte le même jour pour Washington. M. Demirel rencontrera ensuite le roi Abdallah II de Jordanie avant de s’entretenir demain avec le président palestinien Yasser Arafat à Gaza.
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