«Ce qui est arrivé au gendarme Nivel ? Ce sont les risques du métier». Le jugement, lapidaire, émane d’un hooligan de Gelsenkirchen (ouest) qui sait «des choses» sur l’agression du militaire français à Lens en juin 1998, dont le procès reprend mercredi à Essen (ouest), mais entend rester anonyme. L’omerta règne au Fanprojekt (projet pour les fans) du club Schalke 04 : «On s’est dit : “Personne ne parle, motus et bouche cousue”. Personne n’ira rien dire au tribunal. C’est comme ça, ça ne se fait pas d’enfoncer les autres». À une vingtaine de kilomètres de là, la Cour d’assises d’Essen doit reprendre mercredi le procès de quatre agresseurs présumés du gendarme français Daniel Nivel, passé à tabac le 21 juin 1998 en marge du match Allemagne-Yougoslavie du Mondial. Deux d’entre eux sont originaires de Gelsenkirchen. La cour avait convoqué à la barre plusieurs hooligans qui gravitent autour de Schalke 04. Pour rien. Car parmi ceux venus malgré eux, aucun n’a brisé la loi du silence. Ils se sont déplacés jusqu’à Essen le temps de décliner leur identité, comme de juste, puis ont aussitôt refusé de déposer, alléguant les procédures judiciaires dont ils font eux-mêmes l’objet. «C’était clair qu’ils la boucleraient», estime le hooligan, enfoncé sur le canapé du Fanprojekt Schalke 04. «Ils n’avaient pas intérêt à cafter: après, ils sont dans le collimateur ici et c’est fini pour eux, ils savent ce qui les attend», lance-t-il. Il connaît bien «les deux gars de Gelsen’ jugés à Essen», André Zawacki, 28 ans, et Frank Renger, 31 ans, alias Samouraï pour les intimes. «Ils venaient souvent ici. Mais Zawacki, on l’a tous boycotté après Lens, il n’osait plus se montrer. Parce que, normalement, on a un code d’honneur : on ne frappe pas les types» à terre». André Zawacki a semble-t-il dérogé à la règle. Il est accusé d’avoir cogné Daniel Nivel à la tête à plusieurs reprises avec un morceau de son lance-grenades lacrymogènes. Les témoignages sont accablants. D’après Yogi, un ancien hooligan, «Zawacki était sous ecstasy et on ne sait plus ce qu’on fait dans ces conditions. En plus, il avait perdu sa grand-mère et son travail la semaine précédente». Il encourt la prison à perpétuité. «Pour Samouraï, c’est différent», renchérit le premier hooligan. «C’est triste. C’est un pauvre type, ça lui ressemble pas, c’est pas un hool. Il s’est laissé entraîné et, du coup, il va s’en prendre plein la tête. C’est celui qui fait le plus de peine». Renger est accusé d’avoir donné plusieurs coups de pied au gendarme, dont certains au visage. Trois autres jeunes dont au moins un hooligan opinent du chef. Le cas de Samouraï les émeut bien davantage que celui du gendarme agressé. «Il faut voir le contexte, reprend l’un d’eux en haussant les épaules. Pourquoi est-ce qu’il a joué les Rambos, le gendarme ? Face à trente types qui avaient la rage au ventre de ne pas avoir pu voir le match, il est resté planté là». Le directeur du Fanprojekt, l’éducateur Burkhard Mathiak, était à Lens, «à titre privé». Pour lui, «les policiers n’étaient pas préparés à faire face à une telle violence. Ils auraient dû agir dès que les premières chaises ont volé. Au lieu de ça, ils ont laissé faire, derrière leurs boucliers». «C’était fatal, ça a dégénéré. Pourtant, on avait prévenu les autorités allemandes du potentiel de hools violents», déplore-t-il.
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