La Turquie traverse une récession en partie liée à l’instabilité politique, tout en commençant à maîtriser la plaie d’une inflation à 100 %, mais un gouffre continue de séparer l’Ouest florissant et l’Est sous-développé, théâtre de la rébellion kurde. Les milieux économiques sont suspendus au résultat des législatives de dimanche, dans l’espoir qu’un gouvernement stable ramène la confiance chez les consommateurs, investisseurs et organismes internationaux. Le Fonds monétaire international (FMI) s’est déclaré prêt à un coup de pouce après le 18 avril. Il a récemment décerné un satisfecit à Ankara pour les résultats de son programme d’ajustement lancé à l’automne 97, qui a permis, avec l’aide de la baisse du prix des matières premières, de freiner l’inflation, et de maîtriser les dépenses budgétaires. L’inflation a été ramenée de 99,1 % en 97 à 69,7 % l’an dernier, selon l’Institut des statistiques, une décélération confirmée dans les premiers mois de l’année. Mais la Turquie est en récession : la croissance du produit intérieur brut (PIB) est tombée à 2,8 % en rythme annuel l’an dernier, contre 7,2 % en 97. De 8,7 % au premier trimestre 98, elle est passée à 3 %, puis 2,4 % et –1,4 % au dernier trimestre. Une situation liée à un problème structurel : l’instabilité interne, entraînant le manque de confiance des citoyens et des investisseurs dans leur État et leur économie, qui a connu des crises financières graves en 1980 et en 1994, souligne un analyste. S’y est rajoutée la crise russe, marquée par une sortie des capitaux, et la longue crise politique ayant entouré la destitution pour corruption du gouvernement de Mesut Yilmaz en novembre. L’endettement extérieur a atteint quelque 100 milliards USD en 98. Mais le plus préoccupant est un endettement intérieur d’environ 40 milliards de dollars. Le FMI et les milieux patronaux préconisent pour l’alléger une réforme du système des retraites, qui composent l’essentiel des dépenses de la sécurité sociale. Le déficit de la sécurité sociale représente 40 % du déficit budgétaire consolidé. Chômage et sous-emploi frappent 11,9% de la population active, et 27,5 % des jeunes de 15-24 ans. Le secteur agricole, malgré un exode rural continu, emploie encore près de la moitié de la population active, contre un bon tiers dans les services et moins du quart dans l’industrie. Les services, et le tourisme en particulier, fournissent plus de la moitié du PIB.
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