Pour le dernier jour de campagne électorale algérienne, Louiza Hanoune, député du Parti des travailleurs (PT), a fait salle comble dans la salle défraîchie du cinéma Atlas à Bab el-Oued. Invalidée par le Conseil constitutionnel algérien pour ne pas avoir recueilli les 75 000 signatures d’électeurs requises, elle appelle à voter blanc lors ce scrutin. Bab el-Oued, vieux faubourg du bord de mer algérois fut, lors du «dernier quart d’heure» de la présence française en Algérie, un des principaux bastions de l’OAS (Organisation de l’armée secrète), le mouvement clandestin opposé à l’indépendance. Un quart de siècle plus tard, le Fis (Front islamique du salut-dissous) en avait fait un de ses fiefs avant sa dissolution en 1992. Aujourd’hui, même si l’islamisme politique radical – présence policière oblige – ne tient plus le haut du pavé, l’imprégnation islamiste est certaine. Les kamis, longues robes à l’afghane, et les barbes fournies soigneusement taillées sont visibles en nombre dans les ruelles noires de monde. Les policiers qui escortent les journalistes sont visiblement nerveux dans ce quartier où nombre de membres de forces de l’ordre ont été assassinés à la fin des années 90. à la tribune de l’Atlas, Louiza Hanoune, cheveux tirés en arrière et voix forte, fait vibrer la salle avec des accents populistes en dénonçant pêle-mêle le FMI (Fonds monétaire international), le chômage et les violations des droits de l’homme. La seule parlementaire trotskiste du monde arabe se fait vivement applaudir lorsqu’elle se lance, en arabe dialectal entrecoupé d’expressions en français telles que «logement de fonction», «fausses promesses», dans de longues envolées sur le retour à la paix civile en Algérie et la lutte contre la paupérisation de la population «victime des privatisations». «On ne va pas se taire, clame-t-elle. La priorité des priorités c’est toujours la paix, mais il faut aussi qu’on mange. Nous n’avons pas de baguette magique, mais nous vous promettons une seule chose, c’est que nous défendrons toujours les pauvres, les prisonniers politiques et les disparus» (de la guerre entre le pouvoir et les islamistes). L.T., un cadre du parti, explique que son mouvement, fondé en 1966 avec le soutien des trotskistes «lambertistes», du nom du dirigeant trotskiste français Pierre Boussel-Lambert, n’a pas de problème majeur avec les islamistes. «En 1992, après l’annulation des élections (gagnées par les islamistes), lorsque l’état de siège a été proclamé, la répression a touché d’abord les responsables du Fis, puis s’est étendue à l’ensemble de la jeunesse. Depuis, nous défendons en même temps le droit de culte, les droits humains et les droits sociaux», dit-il. Alors que le jeune militant explique qu’«être trotskiste en Algérie actuellement cela ne veut rien dire, car on en est juste au stade de la défense des libertés publiques et du droit au travail», la salle se vide, une fois le meeting terminé. Quelques minutes plus tard, des hommes barbus prennent la relève. Ils collent sur les murs des affiches d’Ahmed Taleb Ibrahimi, le candidat soutenu par l’ex-Fis. Ibrahimi doit parler au même endroit une heure plus tard. Dans les travées du vieil Atlas, à la différence de la réunion de Louiza Hanoune, où elles étaient en nombre respectable, les femmes, toutes voilées, sont ultra-minoritaires.
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