Dans une grande gerbe d’étincelles et le fracas de leurs réacteurs, les quatre Super Étendard appontent l’un après l’autre sur le Foch, face au vent, au large de Brindisi (sud de l’Italie). La nuit vient de tomber en mer Adriatique d’où sont partis une heure plus tôt des missiles de croisière américains tirés depuis des sous-marins ou des bâtiments de surface vers la Yougoslavie. Depuis le début des frappes de l’Otan le 24 mars, les radars du Foch et des quatre bâtiments de guerre qui l’accompagnent ont dénombré une soixantaine de missiles de croisière tirés par les marines américaine et britannique. Quatorze Super Étendard (attaque au sol), et quatre Étendard IVP (reconnaissance photo), rangés sur le pont du porte-avions ou dans son hangar sous la piste, figurent parmi la quarantaine d’avions français mis à la disposition de l’Otan pour participer aux opérations aériennes contre la RFY. Ce mercredi soir, quatre Super Étendard ont été catapultés pour une mission d’entraînement à l’appontage de nuit. Une heure plus tard, les pilotes, guidés par la voix de l’officier d’appontage dans les dernières secondes, ont visé, à 180 km/h, une zone de vingt mètres de long et de cinq mètres de large où sont disposés les quatre brins d’arrêt (câbles) où doit impérativement s’accrocher la crosse de leur appareil pour s’arrêter. Mardi matin, quatre Super Étendard avaient décollé à une minute d’intervalle pour une mission de bombardement. Les pilotes sont revenus sans avoir pu tirer leurs bombes à guidage laser (BGL) de 250 kg. La couche nuageuse interdisait au laser, emporté d’un Super Étendard, d’illuminer suffisamment la cible pour qu’un autre Super Étendard puisse tirer ses deux bombes de 250 kg. Tous les pilotes de l’Otan ont reçu des instructions très strictes pour ne pas risquer de toucher des populations civiles. En une semaine, la météo a fait annuler, souvent à quelques kilomètres de l’objectif, plusieurs dizaines de missions de bombardements. Les Super Étendard sont équipés seulement pour les missions de jour contrairement aux Mirage 2000 D d’Istrana, près de Venise, qui peuvent délivrer leur BGL de 1 000 kg de jour comme de nuit. Mercredi matin, quatre Super Étendard, qui devaient bombarder des objectifs serbes, sont restés sur le pont pour cause de mauvais temps. Dans les coursives du Foch plongées dans la pénombre, qui vibrent à chaque appontage des huit tonnes du Super Étendard, on croise quelques-uns des 1 800 occupants du porte-avions. Tous, du «pacha» au matelot, portent la même combinaison grise antifeu, munie d’une capuche identique à celle que portent les pilotes de Formule Un sous leur casque et des lunettes de protection accrochées à la ceinture. Dans la nuit de samedi à dimanche, une jeune femme blonde aux yeux bleus, avait décollé du Foch aux commandes d’un des deux Super-Frelon, le plus gros hélicoptère des armées françaises, dévolus aux missions C-SAR (Combat Search and Rescue) et embarqués sur le Foch. Ce lieutenant de vaisseau de 35 ans dirigeait la mission des deux Super-Frelon, mis en alerte pour venir en aide au pilote du F-117, ce chasseur américain furtif abattu par un missile serbe et finalement récupéré par une équipe C-SAR américaine.
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