Jeïta, que d’erreurs on commet en ton nom!... Sami Karkabi, qui fut chef du service spéléologique au ministère du Tourisme, a parcouru la plaquette consacrée à la grotte. De cette expédition, il rapporte les observations suivantes : «La société Mapas gère depuis quelques années – quoique non, qualifiée pour cela, l’exploitation touristique des grottes de Jeïta. Rappelons pour mémoire que cet important site spéléologigue avait été aménagé et régi par le ministère du Tourisme de 1956 à 1975 et que les recettes substantielles étaient intégralement versées au ministère des Finances, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. «Notre propos n’est pas de défendre le droit légitime de l’État libanais à exploiter ce domaine souterrain comme il l’a toujours fait (nos efforts ont été vains jusqu’ici), mais de signaler les nombreuses erreurs historiques que comporte la plaquette (23x23 cm) éditée par le directeur général de Mapas (vendue en librairie à 20 000 LL). «Les erreurs relevées dans le texte sont signalées en romain : 1- William Thomson (et non Thompson, voir plus loin) ne découvre pas par hasard l’entrée de cette énorme cavité (fort basse par ailleurs à l’époque) mais consigne pour la première fois dans son livre The Land and the Book dès 1836, le fait que quelqu’un ait pénétré dans les grottes. «2- 1873 : Les deux ingénieurs Maxwell et Huxley ne sont pas Américains mais Anglais. Ils appartiennent à la Beirut Water Works Company qui a ses bureaux à Londres. Leur collègue Brigstocke (ancien de la Royal Navy) est également de nationalité anglaise, seul le pasteur D. Bliss est Américain. Il n’y avait ni explorateurs libanais ni Compagnie des eaux à l’époque. Cette équipe atteint 1 000 mètres (et non 1 060) et y laisse une inscription sur la paroi de la rive droite du cours d’eau souterrain... Ce n’est qu’en 1924 que le Dr Lamarche (Français) franchit ce point et gagne une quarantaine de mètres. «3- 1927 : Ed. Thompson (et non Thomson), journaliste anglais correspondant du Times et non spéléologue, participe à l’expédition dirigée par le Dr Ward, qui s’arrête à 2 000 mètres (et non 1 730) de l’entrée, au lieu baptisé “Caverne Thompson”. Le groupe était composé d’Anglais et d’Américains. Il ne comportait pas de Français. «4- 1946 : C’est l’ingénieur Lionel Gorra, premier spéléologue libanais (et non point Sami Karkabi), qui franchit avec son équipe de Libanais la côte atteinte par Ward. «5 C’est un siphon atteint en 1954 (et non le col de la grotte (?) selon M. S. Awad) par les membres du Spéléo-Club du Liban qui arrête toute progression. «6- C’est au mois d’août 1959 (et non 1955) que les membres du Spéléo-Club du Liban découvrent les “galeries supérieures” à 55 mètres au-dessus du niveau de la rivière et non à une hauteur de 650 mètres, selon S. Awad). Si l’escalade était périlleuse, elle n’était par contre nullement gluante... Ce n’est pas un labyrinthe qui fut découvert mais des espaces grandioses que le visiteur aujourd’hui peut admirer en toute quiétude grâce au tunnel percé en 1968 par les soins du ministère du Tourisme suite aux études, tracés et plans réalisés par des spéléologues libanais. «7- Le circuit parcouru aujourd’hui par les touristes est seulement de 450 mètres et non de 1 200 mètres, comme prétendu dans le texte. Le développement total des galeries supérieures est à peine supérieur à 1 000 mètres, contrairement aux 2 130 mètres signalés. «8- La visite aujourd’hui du cours d’eau souterrain est réduite à 200 mètres et non 600 mètres, comme signalé par S. Awad. Il est vrai que lorsque le ministère du Tourisme était encore en charge de l’exploitation des lieux, la visite se poursuivait jusqu’à 600 mètres et quelquefois jusqu’à 800 mètres. «9- Le parking existait déjà dès 1968. La société Mapas n’a fait que le reconstruire après sa destruction en 1990. «10- C’est le compositeur français François Bayle qui inaugura les “galeries supérieures” au mois de janvier 1969. Il composa à cette occasion une pièce de musique intitulée Jeïta ou murmures des eaux et non Karl Heinz Stockhausen. Ce dernier, compositeur de nationalité allemande et non autrichienne, clôtura l’année 1969 par un concert électroacoustique toujours à Jeïta. «11- Enfin, pour terminer... l’épilogue du texte de S. Awad où il est dit : “... Mais avant de quitter définitivement les lieux, le visiteur pourra se procurer des cartes postales représentant différentes prises de vue de la grotte et d’autres souvenirs et brochures…”.«Recommandation désintéressée puisqu’il est interdit de photographier à l’intérieur des grottes sous prétexte que les flashs abîment les concrétions».
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