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Actualités - Reportages

"Humanitaires", mais non faiseurs de charité

Le révérend père René Chamussy, doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ, a pu voir apparaître «les grands axes d’une réflexion sérieuse sur la pratique de professionnelles depuis longtemps engagées dans le travail social». Il nous l’a redit lors de notre rencontre (rue Huvelin-octobre 1999), après l’avoir mentionné dans son intervention (juin 1998) lors du colloque à l’École sociale, sur le thème “Travail social et société”. «Cette rencontre de deux concepts, dit-il, tous deux porteurs de multiples ambivalences, m’a paru riche de bien des significations et il importe d’éclairer les grandes lignes d’une problématique, en fonction de contextes divers. . . a priori en effet, le seul rapprochement de ces deux concepts (travail social et société) signifie qu’il y a problèmes»... Le père Chamussy fait remarquer que «dans la mesure où le travail social est cette activité exercée à l’intention de personnes données, en telle sorte qu’elles acceptent les normes collectives ou apprennent à adapter celle-ci à leur cas, il est évident que toute perturbation des dites normes ne pourra que bousculer les travailleurs sociaux et mettre en question leur mode d’emploi...». À quel niveau de tels changements interviennent-ils ? «À bien de niveaux, fait remarquer notre interlocuteur, individuel, les personnes sont confrontées à la précarité de leur emploi, au chômage, à l ’exclusion, et ces différents contextes ne peuvent que désarçonner des travailleurs sociaux formés à traiter des marginaux, ce qui ne relève évidemment pas du même registre. Au niveau institutionnel, on découvre que les hauts lieux de l’intégration sociale (la famille, l’entreprise, l’école) ne sont plus ce qu’ils étaient et qu’ils ne peuvent plus offrir à leurs impétrants ce qu’ils exigent d’eux. Au niveau national et international enfin les politiques s’abstiennent laissant aux “humanitaires” le soin d’aller au casse-pipe et de découvrir par eux-mêmes comment se situer et en quel théâtre de l’absurde évoluer. En tous ces domaines donc, les travailleurs sociaux se trouvent confrontés à des problèmes sans issue». Dans les domaines les plus pointus de la marginalité... Tel est le «tableau social» dans les sociétés développées. La problématique est-elle si différente dans des sociétés hors de ces «zones privilégiées» ? Le travail social est vécu différemment. Au Liban, les travailleurs sociaux sont depuis 51 ans «au cœur d’une société traditionnelle en mouvement». Confrontés à la guerre après 25 ans d’existence «à l’ombre du modèle français», il «leur fallait dès lors inventer leur présence au travers des dangers, trouver les fonds qui leur permettraient de construire des systèmes d’allocation, élaborer enfin les seuls thèmes idéologiques qui leur permettraient d’échapper à leur fatale image de “bienfaiteurs” dont on exigeait tout». Ce ne sont pas des «faiseurs de charité». Les gens doivent apprendre à se prendre en charge, en se sentant responsables. «La fin de la guerre permit de pousser un soupir de soulagement, souligne le père Chamussy. Mais la réalité de l’après-guerre se révéla cruelle : le flux d’argent venu de l’étranger se tarit et les institutions communautaires ou autres ne purent plus agir, la société libanaise tout aussi éclatée qu’auparavant se brisa selon les modèles trop connus des pays du sud où l’on voit une minorité de nantis s’imposer à une masse de galériens en mal de survie». L’État ? Pouvons-nous parler de démission ? Les ONG ? Pouvons-nous parler de rivalités ? La réalité, tout le monde la connaît. Mais parlons plutôt des professionnels et des urgences. Ces derniers «étaient appelés à un sursaut et il fallait choisir entre les investissements dans les domaines les plus pointus de la marginalité : toxicomanie, délinquance, prostitution, sida, maltraitance des enfants, ou entrisme dans les mille et un lieux où semble renaître un semblant de société civile (animation sociale) mais cela ne pouvait être que fort limité» Mais le problème, en gros, n’est pas résolu car «restait – reste encore – l’immense masse de ceux que le système tout à la fois écrase et banalise. Pour tous ceux-là, on ne pouvait que baisser les bras. Situation peu reluisante, mais c’est notre situation». Le travail social doit être situé dans des «contextes socio-économiques précis» même s’il fallait débattre des «retombées de la mondialisation». Et il ne faut pas oublier ces «zones grises du malheur» dont parle le père Chamussy et qu’«aucune loi ne vient plus sauver» au niveau social. C’est pourquoi il nous revient «de découvrir ces zones et de confronter ces mondes, nos sociétés». Il faut découvrir les «valeurs qui peuvent animer et stimuler enfin les travailleurs sociaux», indispensables à toute «approche du phénomène social» : le «respect de l’autre tel qu’il est, le souci du développement de tout groupe social quelle qu’en soit la dimension».
Le révérend père René Chamussy, doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ, a pu voir apparaître «les grands axes d’une réflexion sérieuse sur la pratique de professionnelles depuis longtemps engagées dans le travail social». Il nous l’a redit lors de notre rencontre (rue Huvelin-octobre 1999), après l’avoir mentionné dans son intervention (juin 1998) lors du colloque à l’École sociale, sur le thème “Travail social et société”. «Cette rencontre de deux concepts, dit-il, tous deux porteurs de multiples ambivalences, m’a paru riche de bien des significations et il importe d’éclairer les grandes lignes d’une problématique, en fonction de contextes divers. . . a priori en effet, le seul rapprochement de ces deux concepts (travail social et société) signifie qu’il y a...