Il a l’air d’un grand gamin de 36 ans qui s’amuse, petit prince des circuits au volant de son étrange voiture aux dimensions réduites. Pourtant, Gabriel Chamoun n’a rien d’un adulte qui traîne dans la cour des enfants, mais beaucoup plus d’un homme qui s’adonne à sa passion, le karting. La passion des voitures semble naturelle dans la famille Chamoun, «c’est génétique!» et transmise par le sang et le cœur. «Mon grand-père Camille avait un faible pour les voitures, de même que mon père Dory et mon oncle Dany qui ont pratiqué le sport automobile et participé à de nombreux rallyes et courses de côte. C’était donc un peu naturel». Héréditaire également le talent familial pour la politique, que Gabriel a choisi de mettre de côté. «J’ai fait de la politique, mais pas en tant qu’homme politique. J’ai longtemps été membre du parti, impliqué dans toutes ses activités. J’aime tout ce qui est idéologie, planning, l’aspect académique, mais pas l’environnement politique dans lequel nous évoluons. L’historique des Chamoun et les conséquences que la famille a payées n’encouragent pas à s’engager dans ce créneau. Et puis pour le faire, et le faire bien, il faut se donner à 100 %, ce qui implique beaucoup trop de sacrifices au niveau de la vie privée et professionnelle». Une disponibilité totale que Gabriel ne possède plus, depuis son retour au Liban en 1990, après avoir achevé ses études aux États-Unis. «J’ai rejoint la maison de production Talkies en 1991, fondée par mon père et ses associés. Je me suis d’abord occupé de l’administration et de la production», avant de devenir, quelques années plus tard, directeur général. Lourde responsabilité pour ce jeune homme qui semble parfaitement bien mener sa barque. «Chaque film est différent, avec ses défis à relever. Nous avons en général une production par semaine. Il faut donc, à chaque fois, résoudre un nouveau problème, trouver quelque chose pour offrir une valeur ajoutée». Petites voitures et grandes sensations Et puis, surtout, pouvoir décompresser. Pour ce faire, Gabriel s’adonne à de nombreux sports, un héritage de plus, et surtout le ski, le ski-nautique, le tennis et le sport automobile. «J’ai participé à de nombreux rallyes, entre 1981 et 1992, avant de découvrir le karting, j’y ai mis plus d’efforts!» Le karting, encore une histoire de famille, a été initié par le frère de Gabriel, Camille. «Ce sport m’a toujours passionné, je le suivais déjà aux États-Unis. Mon frère en a été le précurseur au Liban, créant les premiers circuits et les premières courses». Il le mettra «sur les rails», un circuit de un kilomètre ou 30 tours, virages à prendre à 80 kilomètres par heure, en moyenne, et des pointes de vitesse de 120 à 130 kilomètres. Cette petite voiture, presque amusante, cache bien son jeu, «ce sport pourrait être dangereux, si les règles ne sont pas appliquées et les pilotes se montrent trop agressifs», et toutes les sensations qu’elle procure. «C’est enivrant de rouler à ras le sol, dans des voitures qui ne sont pas carrossées et des écarts de quelques centimètres entre une voiture et l’autre. Contrairement à ce qui se passe dans les rallyes automobiles, le conducteur se bat ici contre les autres pilotes et non plus contre la montre». Des sensations à un prix élevé. «Le karting est un sport très physique et très fatigant, avec une limite d’âge que j’ai dépassée depuis longtemps ! Lorsque l’on court trente tours à 13 heures, en pleine chaleur, avec un casque et un stress importants, on est, à l’arrivée, à bout de souffle. Ce sport exige une condition physique d’athlète, ce qui n’est pas vraiment mon cas». Et pourtant, Gabriel Chamoun a été classé second aux Championnats du Liban, en 1997 et 1998. «Un bon palmarès vu mes autres contraintes, professionnelles et familiales», deux enfants, Jacky, huit ans et Dany, six ans. «Mes enfants viennent me voir à chaque course. Ma fille suit les choses avec attention, mais Dany est vraiment obsédé». Lorsqu’on demande à Gabriel s’il aimerait que son fils participe à des courses de karting, plus tard, il répond : «D’un côté, j’aimerais beaucoup que nous partagions des passions communes, mais d’un autre, il me paraît difficile pour un père d’encourager son fils à aller le plus vite possible!». Sport-plaisirs risqués, «un risque calculé, que j’aime», une conduite, presqu’une devise que Gabriel le pro applique dans son travail et dans ses loisirs. «On ne fait pas le karting “en passant”, s’y adonner entraîne une implication personnelle et matérielle importante avec tous les moyens pour le faire, une voiture performante et un matériel coûteux et sophistiqué». Cette année, Gabriel a déclaré forfait pour les trois dernières courses, en raison de certains «problèmes d’organisation, relatifs à la sécurité». Arrêt momentané en attendant de reprendre le volant, petit, d’une voiture à grandes sensations, elles, non calculées…
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