Les découvertes ces derniers mois en Guinée équatoriale d’une douzaine de corps humains horriblement mutilés sont abondamment commentées par la presse nationale de Malabo qui dénonce l’utilisation de leurs organes dans la préparation de «mets destinés aux dieux terrestres», selon le mot d’une vieille féticheuse. Selon la presse, qui relaie des faits déjà largement admis par les habitants, ces organes – testicules, vulves, langues, yeux, cœurs – sont utilisés lors de cérémonies rituelles animistes pour implorer des Dieux pouvoir, richesse, puissance, chance, succès et même amour, quand ce n’est pas à des fins commerciales ou alimentaires. Selon le quotidien La Gaceta de Guinea Ecuatorial, neuf personnes ont ainsi été «découpées» cette année à Bata, capitale de la partie continentale du pays. Une petite fille de huit ans qui avait récemment disparu a ainsi été retrouvée morte quelques jours plus tard «sans yeux, ni appareil génital». Le quotidien indépendant El Sol relate de son côté la mésaventure d’un homme, agressé par quatre personnes qui ont tenté de lui trancher le sexe avant de fuir à l’approche d’un véhicule. À Malabo même, la capitale, un homme d’une trentaine d’années a été retrouvé sans vie. La télévision nationale a diffusé les images de son corps baignant dans le sang, la poitrine ouverte, le cœur extrait et les testicules sectionnés. L’équipement complet «Pour le monde moderne, ces pratiques sont choquantes, mais elles sont normales du point de vue traditionnel», explique avec sérieux une vieille guérisseuse fang, principale ethnie de la Guinée équatoriale que l’on retrouve également au Gabon et au Cameroun. «Dans le passé, lorsqu’un homme se mariait avec plusieurs femmes, ce n’était pas par amour, mais bien pour se constituer un vivier humain où l’on puisait pour protéger la famille contre les épidémies, la faim ou les animaux sauvages», poursuit-elle. «À chaque fois que le besoin se faisait sentir, il fallait donner un être cher, quelqu’un de sa famille, aux dieux terrestres», raconte la guérisseuse, qui estime que «maintenant, on donne n’importe qui». Un autre «nganga» (sorcier) précise que l’«on peut aussi sacrifier les animaux, surtout ceux qui sont difficiles à trouver, mais fut-il un lion ou un éléphant, ce n’est pas comme un être humain aux yeux des dieux». Il fait d’ailleurs remarquer que «les résultats du travail dépendent toujours de cette différence». Un «équipement complet», avec testicules et pénis, donne ainsi à la personne qui l’utilise «dynamisme, endurance et succès, en particulier lors des transactions commerciales ou politiques», affirme de son côté un spécialiste des rites locaux. La version féminine de «l’équipement complet», enterré à l’entrée d’un commerce, permet d’attirer les clients et d’augmenter de manière conséquente le chiffre d’affaires, que ce soit un restaurant, un hôtel ou un cabinet d’avocats, poursuit la même source. Des initiés précisent que certains organes servent d’offrandes aux «dieux terrestres» quand une personne se prépare à affronter «un événement important de sa vie». À l’approche d’une élection ou d’un remaniement ministériel, les découvertes de corps humains sans «pièces» se multiplient, font remarquer les observateurs, ce qui pourrait expliquer selon eux les dernières découvertes de corps. Des municipales sont ainsi prévues au premier semestre 2000.
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