L’Interallié a été décerné à Jean-Christophe Rufin, clôturant la série des grands prix littéraires d’automne, dominée par les éditions de Minuit qui ont remporté, avec des romans exigeants, le Goncourt et le Médicis. Jean-Christophe Rufin, pionnier de «Médecins sans frontières», l’a facilement emporté avec Les causes perdues (Gallimard), un des tout premiers romans à aborder le thème de l’humanitaire. Cette saison est «un bon cru car la marque commerciale des prix ne s’est pas dévaluée», a dit Pierre-Louis Rozynès, rédacteur en chef de la revue professionnelle Livres-Hebdo, selon lequel «les jurés ont voulu racheter leur conduite habituelle». Les éditions de Minuit de Jérôme Lindon sont les principales bénéficiaires de la rentrée avec le Goncourt pour Je m’en vais de Jean Echenoz et le Médicis, pour Mon grand appartement de Christian Oster. Minuit, qui n’emploie que neuf personnes et publie entre 15 et 20 titres par an, parvient régulièrement à tailler des croupières aux grands de l’édition, comme il l’avait fait avec L’amant, de Marguerite Duras (1,2 million d’exemplaires et Goncourt 1984). «Pour autant, la remise de ces prix s’est effectuée sous les huées et dans la suspicion», a ajouté M. Rozynès, en référence notamment à la polémique entre le Goncourt et le Fémina et la grogne de jurés du Renaudot contre le livre vainqueur, L’enfant-léopard de Daniel Picouly. Cour de récréation Le Goncourt assure être le prix le plus important de l’année et revendique la primauté chronologique afin, dit-il, que le lauréat ne soit pas lésé. Pendant soixante-deux ans, il a été attribué en premier. Pendant trente-quatre ans, il a été devancé par le Fémina. Cette année, les dames du Fémina pouvaient récompenser Echenoz, ce qui aurait privé le Goncourt d’un lauréat de qualité. Le Goncourt a donc décerné son prix six jours à l’avance, prenant de vitesse le Fémina. «Coup de force digne d’une cour de récréation», ont lancé les jurées de ce prix qui ont finalement récompensé un beau roman, Anchise, sorti au printemps et écrit par un auteur peu connu du grand public, Marilyne Desbiolles. Le Goncourt a mis aussi dans l’embarras le prix avec lequel il est couplé, le Renaudot, décerné depuis 1926 le même jour, au même lieu et à la même heure. L’an prochain, les deux prix seront de nouveau attribués ensemble. Le choix de Picouly, dont le livre a été à sa sortie plutôt mal reçu par la critique, a déplu à des jurés, dont Louis Gardel et Christian Giudicelli qui ont boudé le déjeuner officiel du Renaudot. C’est la troisième fois que Grasset – un éditeur réputé pour être une véritable «machine» à obtenir des prix – récolte le Renaudot. Autant dire que les auteurs Grasset, retenus en 2000 dans les sélections du Renaudot, auront peu de chances d’avoir le prix. Parmi les grands perdants, figurent des romans partis en fanfare dans les médias et souvent appréciés du public, comme Une désolation de Yasmina Reza (Albin Michel), Horsita de Lorette Nobécourt (Grasset) et L’inceste de Christine Angot (Stock). Celle-ci n’a obtenu qu’une poignée de voix au prix Décembre (ex-Novembre), remporté par Claude Askolovitch pour Voyage au bout de la France (Grasset). D’autres prix (il y a en France quelque 1 150 par an) seront encore décernés en novembre dont ceux du Quai des Orfèvres, de France-Télévision, Wepler et Paul Léautaud.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Interallié a été décerné à Jean-Christophe Rufin, clôturant la série des grands prix littéraires d’automne, dominée par les éditions de Minuit qui ont remporté, avec des romans exigeants, le Goncourt et le Médicis. Jean-Christophe Rufin, pionnier de «Médecins sans frontières», l’a facilement emporté avec Les causes perdues (Gallimard), un des tout premiers romans à aborder le thème de l’humanitaire. Cette saison est «un bon cru car la marque commerciale des prix ne s’est pas dévaluée», a dit Pierre-Louis Rozynès, rédacteur en chef de la revue professionnelle Livres-Hebdo, selon lequel «les jurés ont voulu racheter leur conduite habituelle». Les éditions de Minuit de Jérôme Lindon sont les principales bénéficiaires de la rentrée avec le Goncourt pour Je m’en vais de Jean Echenoz et le...